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Sénégal: «Nous exigeons moins de corruption dans le système sénégalais»

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BLONDE DIOP
BLONDE DIOP

Au Sénégal, le débat sur la gestion des ressources en gaz et pétrole est de retour sur le devant de la scène. La plateforme citoyenne Aar Li Nu Bokk, ce qui signifie en wolof « Préserver nos biens communs » annonce cet après-midi une nouvelle manifestation à Dakar. Cette coalition de mouvements de la société civile a été créée dans la foulée de l’enquête de la BBC mettant en cause le frère du président Macky Sall dans l’attribution des concessions d’hydrocarbures. Ndèye Fatou Ndiaye Diop Blondin est membre fondateur d’Aar Li Nu Bokk. Pour l’ancienne ministre des Nouvelles technologies, les citoyens doivent s’investir pour réclamer plus de transparence dans les contrats, elle répond aux questions de Charlotte Idrac.

RFI : Une nouvelle manifestation est prévue ce vendredi à Dakar, et ailleurs. Après une pause dans le mouvement Aar Li Nu Bokk, est-ce que vous attendez du monde ?

Ndèye Fatou Ndiaye Diop Blondin : Nous espérons avoir beaucoup de monde. Il y a eu un certain nombre de manifestations, un petit essoufflement et une réorganisation de notre stratégie de lutte.

Effectivement, lors de la dernière manifestation, il n’y avait pas foule. Pour vous, l’idée c’est de donner un nouvel élan au mouvement ?

Le baromètre, ce n’est pas seulement la foule à Dakar. Dans beaucoup de départements, il existe des structures Aar Li Nu Bokk. Dans la diaspora aussi. Tous ces mouvements sont toujours aussi révoltés par ce qui certainement s’est passé derrière ces contrats.

Quels sont les mots d’ordre de cette manifestation ?

Les mots d’ordre, c’est sortir pour exiger la transparence dans la gouvernance des ressources naturelles, une action en justice digne de ce nom, loin de ce que le procureur nous a fait voir ici au Sénégal alors que ce procureur disposait d’un rapport de l’Inspection générale d’État, qui a montré à quel point il y a eu des anomalies dans la prise de décision d’attribuer ces licences. Donc il avait suffisamment d’éléments pour monter un dossier, mais il a choisi un appel à venir lui donner des preuves.

Un appel à témoins…

Un appel à témoins. Des personnes qui sont nommément citées, ainsi que dans le reportage, n’ont pas du tout été identifiées par le procureur comme étant des personnes qui devraient rendre des comptes. Nous attendons aussi que si ces contrats ont été mal négociés, que ce soit renégocié, et que si de l’argent a été perdu par le Sénégal qui en a beaucoup besoin, nous exigeons que cet argent-là revienne au peuple sénégalais. Et de manière générale, moins de corruption dans le système sénégalais, en particulier dans la gestion des contrats de licence pour les ressources minières.

Il y a quelques jours, le ministre en charge de la Communication de la présidence, Seydou Guèye, a critiqué « les pétro-raleurs » qui dénoncent sans preuve. Qu’avez-vous comme preuves ?

Ce que nous avons comme preuves, nous l’avons à travers le rapport de l’IGE, l’Inspection générale d’État, qui avait fait une enquête, demandée par le président Macky Sall lui-même dans les premiers jours quand il est arrivé, et dont les conclusions sont dans les journaux. Et là-dessus, on voit très bien que Pretrosen [Société nationale des pétroles du Sénégal] qui est, disons, la société technique chargée de vérifier la viabilité de ceux qui viennent négocier des contrats, le travail qu’ils ont effectué s’est soldé par le fait que Pretro-Tim n’existait pas. Pretro-Tim n’avait pas la surface financière pour être éligible, et n’était pas connu des affaires. Et c’était complètement en porte-à-faux avec le code pétrolier sénégalais. Il n’empêche que Pretro-Tim a été quand même attributaire. Pire que cela, Petrosen était en négociation avec une autre société qui s’appelait Tullow Oil. Donc, sur ces entrefaites, on a mis complètement Petrosen de côté et on a commencé à négocier ce contrat avec Pretro-Tim qui a continué. L’autre preuve, c’est la présidente de l’Ofnac, l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption, qui l’a dit, qu’il y avait au total 19 dossiers qui concernaient la gestion de l’équipe du président Macky Sall qui étaient sur sa table depuis un certain nombre d’années, et qu’aucun de ces dossiers n’avait été instruit.

La plateforme Aar Li Nu Bokk est une association assez hétéroclite du mouvement de la société civile, de l’opposition politique. Je pense notamment à Ousmane Sonko. Y a-t-il une convergence des luttes malgré les différences ?

Pour l’instant, c’est une plateforme citoyenne. Je pense que si c’était porté par une force politique, la portée serait plus difficile pour atteindre le citoyen lambda. Et c’est en cela que c’est original.

Le problème de fond, c’est un besoin d’information, de clarté ?

C’est un besoin d’informer le peuple. C’est un besoin de justice de la part de l’État, c’est un besoin de meilleure gouvernance et c’est un besoin de retrouver toutes ces ressources financières perdues, tout ce mélange des genres au sommet de l’État qui fait que nous portons l’information auprès des citoyens. C’est après aux citoyens sénégalais de s’accaparer de cette lutte, de la comprendre, et de décider : est-ce que c’est sous une forme de sortie massive ou au cours de rendez-vous électoraux ? Cela est aux mains du peuple.

Craigniez-vous une malédiction pétrolière pour le Sénégal ?

Je pense que non. En ce sens que pour l’instant, nous sommes en train de nous battre pour les contrats. Et nous espérons que le gouvernement se ressaisira et fera ce qu’il faut au moment où l’exploitation qui n’est pas encore là…

On parle des premiers barils à partir de 2021…

2021, 2022. Nous espérons que le gouvernement se ressaisira pour que, quand on passera à la phase d’exploitation, qu’on ne subisse pas la malédiction du pétrole. C’est pour cela que c’est important que le peuple se saisisse du combat. (RFI)

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