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Rétrospective historique : la mémorable contribution du Sénégal et de Mame Rawane Ngom dans la victoire contre le fascisme, le militarisme et le nazisme, le 8 Mai 1945 (Par Madior DIAW)

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Rawane Ngom
Rawane Ngom

Dans la victoire des Armées Alliées contre le fascisme, le militarisme et le nazisme, le 8 Mai 1945, le Sénégal et le Cheikh El Hadji Rawhane Ngom de Mpal avaient, aussi, joué un rôle capital. 

Cheikh El Hadji Rawhane Ngom de Mpal dirigea, avec brio et humilité, les prières organisées pour demander à Dieu la fin de la deuxième guerre mondiale (1939-1945) et le triomphe des Armées alliées et mit tout le succès au compte de Maodo.

La mémorable contribution de Shaykh Seydyl’ hadj Rawhane sur la fin de la guerre 39/45. 

Les deux RAKAS du Jeudi 1er Mars 1945 au chevet de l’humanité à la place “Diackay-Toucouleurs’’ de Sor, à Saint-Louis. 

Mame Rawane Ngom
Mame Rawane Ngom

1 – Comment Cheikh Seydyl’ Hadj Rawhane a été sollicité

Nous sommes au début de 1945. Voilà déjà plus de 3 ans que s’intensifie cette 2ème Guerre mondiale, depuis la provocation nippone du 7 Décembre 1941 qui a détruit la plus puissante flotte américaine du Pacifique. Cette catastrophe qui persiste est source de calamités et  d’atrocités. Les inquiétudes se multiplient et les espoirs d’une issue prochaine, paisible s’amenuisent pour toute la Communauté Internationale.

L’organisation de séances de prières, quelque part en AOF – Afrique Occidentale Française – est vivement recommandée par une voyante européenne. Et à la suite de plusieurs consultations entreprises par le gouvernement français, des indices convergent vers le Sénégal. Le Gouverneur Général de l’AOF entre en consultations avec quelques autorités religieuses et charge le Gouverneur du Sénégal – M. Charles Jean Daguin – de rencontrer de sa part, Mame Rawhane, indisponible pour un déplacement sur Dakar.

Ainsi, à l’heure du déjeuner d’un jour de la 2ème quinzaine de Février 1945, Monsieur Bakary Sène, le cuisinier du Gouverneur, voyant son patron très affligé, meurtri, s’intéresse à en connaitre les raisons, puisque leur familiarité l’y autorise. Le Gouverneur ne s’en cache pas et s’ouvre à lui :

 

«Depuis quelques semaines, tous les messages codés en morse qui nous parviennent ne portent que sur de sévères revers essuyés par nos armées. L’information reçue ce matin renseigne que probablement, sous peu, les Allemands vont marcher sur toute la France et la hiérarchie nous réitère ses préoccupations pour des prières et nous invite à consulter, sans plus tarder, le Marabout El hadj Rawhane Ngom ». 

Bakary Sène lui étale ses rapports étroits avec celui-ci. Et le soir même il le conduit auprès du saint homme de Mpal. M. Daguin se fait accompagner de MM. Birahim Guèye, Malick Gaye Mbenda, El Hadji Tidiane Diène et Iba Gnagna Sow, ayant tous d’excellentes relations avec le Cheikh.

En cette année – 1945 – Mame Rawhane compte ses 86 ans. Et suivant la tradition africaine, surtout sénégalaise, à cet âge, sa sagesse et les bons rapports entretenus avec toutes les familles religieuses, le désignaient comme une manifestation de synthèse de tous les Khalifs du moment, c’est-à-dire comme un confluent.

Alors, assis en face de Rawhane,  Daguin décrit désespérément la situation. En réponse, Mame Goor lui affirme qu’il se sent aussi concerné ; d’abord parce qu’il se soucie beaucoup du bien-être de l’humanité et ensuite parce que, pense-t-il, la paix aiderait les croyants à retrouver la quiétude dans leurs cœurs et à s’acquitter sereinement de leurs servitudes religieuses. Mais Rawhane ne peut compter que sur Celui en dehors de Qui, il n’existe ni force, ni puissance.

Après trois jours de retraite, Mame Rawhane donne son consentement, choisit la matinée du Jeudi 1er Mars 1945 et retient la place ‘‘Mosquée Toucouleurs’’ pour la tenue des prières. Il en informe tous les foyers religieux et demande à l’Administrateur colonial de faire autant. 

2) – Le public de la cérémonie :

Le jour du rendez-vous, le site est investi très tôt par un public fort nombreux venu de partout mais particulièrement de St-louis et de ses environs : Gandon, Ngallèle, Gandiol, Ngaye-Ngaye, Ndiakhère, Ndiabène, Sanar, Makka-Toubé, Laybar, Béqhar, Bango, Tougou Dièye, etc, etc.

En plus des personnalités citées aux cotés de Mame Rawhane au bas de la photo, il y a lieu de relever d’autres grandes figures :

Le public est marqué par sa diversité tant en autorités religieuses, administratives, politiques qu’en sectes, âges, sexes et ethnies.

2 – a – Présence remarquable et remarquée : celle de El Hadj Abdoul Aziz SY, futur Dabbakh, entouré de ses amis dont Cheikh Ndiaye Mabèye, Madior Cissé, Abass Sall, Serigne Tidiane Sy Mbeur, El hadj Ahmad Lô, Chérif Boubacar Haïdara, Serigne Habib Sall Diamagueune, Imam Oumar Diallo, El Hadj Mohamad Kébé,Tafsir Baba Diouf, El Hadj Ahmad Sakhir Lô de Koky, El Hadj Tidiane Niang de Saint-Louis, El Hadj Mamoune Niang, en somme, plus de 14 personnalités, dont une bonne partie est encore vivante, etc, etc.

2 – b – Etaient aussi présents, entre autres grandes figures : l’ Imam Râtib de Saint-Louis-Serigne Mousseu Diop, Abdoulaye Mar Diop – plus tard Maire de Saint-Louis, Assane Diop Pathé, Amadou Faye Diagne, Daouda Mbaye (Sindôné), Tamsir Guèye (Lodo), Alé Fall Sall – Tène Djiguène, Malick Tall, Ndiawar Ngom, Amate Godel Sow, une délégation de la famille de Tafsir Omar Sall, Baye Toubab Diagne, les frères Aba et Magatte Mbaye, Djibril Diop, Salô Lô, Mayacine Guèye, Magatte Anta Khary, Magatte Wade (Gandon), Charles Gros, Yatma Lô, Serigne Assane Boye, Serigne Abdou Boye (chef village Mbenguègne), Ibrahima Sokhna de NDiawdoume, Mawa Sène, Bira Teuw – Ngaye Ngaye, Amadou Diallo, Amadou Ndiaye Seck, Babacar Ngom (père de Ousmane Ministre), Adama Ndiaye – Santhiaba, Amad Thiam Madiara – Sor, Amath Touré, Mademba Diouf – Ndiolofène, Médoune Diaw dit Baye Dame, Yatma Ndiaye chanteur non voyant, Alassane Mbaye (père de Mbaye Dondé), Ndiambé Ndiaye – Santiaba, Marokhaye Diagne, Talla Khoudia Thiam, Sadara Thiam, Ablaye Ndiaye Boly, Amadou Samba Sow (Bango), Amath Bâ, Abdou Rahmane Sow Coumba Mbaba, la famille d’Aby Kâne Diallo ancien Maire de Saint-Louis, Moustapha Malick Gaye, Ousmane Dieng (Diamagueune), Alé Guèye – Ndiolofène, Idy Diallo, Amadou Sow (rue de Paris), Oumar Ba (Thiès), Amadou Wade, Doudou  (Agent des Contributions Directes), Mamour Diop Gandiol, Dieumba Mbaye, etc.  

 2 – c  – Installées derrière les hommes, les femmes ne sont pas en reste : Elles sont là, parmi lesquelles les vertueuses telles que : Fatou Camara, Saydany Diagne, Dieynaba Diop, les sœurs Aminata, Aby, Oumou, Khady et Fadièye Sène, Diara Diaw, Mame Fatma Diaw (grande sœur de Chimère), les sœurs Fatou Guèye Ngalla, Ndèye Anna, Rokhaya Sippy et Oulèye Guèye, Fadiaw Dièye dite Ndièya, Fatou Ndour, Fadiop Massamba de Gandon, etc. 

2 – d  – Les enfants sont également présents : Baye Moussa Bâ dit Franki, Assane Sy, Aby Kane Guèye (fils de Mayacine), Atou Boy (Thiès), Yatma Boye (fils de Serigne Abdou), Ibrahima Ngom et son ami et acolyte Talla Ndiaye, Lamine Diop – Gandiol, Mansour Yade, Cheikh Dièye (Ndiawar) et son frère Ablaye, El Hadji Rawhane Mbaye (Thiès), Amadou Ndao (Bango), Ngagne Diop, etc. 

2 – e – Enfin, la présence très remarquée des Autorités administratives :

Certains responsables sénégalais étaient déjà là. Mais le Gouverneur du Sénégal accompagné de ses principaux collaborateurs et des membres de la délégation officielle du Gouverneur Général de l’AOF (autorités administratives et militaires) étaient les derniers venus. Pour des raisons de protocole sans doute, ils étaient arrivés après la prière de 2 raka’as et dans les derniers moments de “Falabudda’’ de Seydyl’ Hadj Malick (RTA).

3 – Les phases de la Prière :

Sous la coordination de El Hadj Ndiawar Dièye, la famille de Mame Goor et  quelques  ‘‘Muqadams’’, viennent de terminer un récital du Coran comme soubassement.

Aussitôt Mame Rawhane arrive par le véhicule de Yatma Lô, avec, entre autres, à ses cotés,Babacar Gaye de Diamagueune (père de Amadou Karim Gaye, ancien ministre),Le visage est à peine perceptible, partiellement voilé par le ‘‘samba-symbé’’ recouvrant la tête, manifestation de son ‘’horma’’ – sa pudeur permanente. Escorté par quelques Muqadams, parents, amis et talibés, scandant ‘’la-ilaha-illal’Lah’’, il est ‘‘mitraillé’’ par des photographes et les regards  inquisiteurs du public. Il s’installe sans protocole. D’un geste mesuré, il dégage le ‘’samba-symbé’’ de la tête pour ne le garder que sur les épaules.

Le ‘‘Xatma’’ du Coran est aussitôt entamé avec El Hadj Ndiawar. Après quoi, d’un ton grave – et par la voix de son relayeur Amadou Touré le fidèle indéfectible -, Mame Rawhane adresse à l’assemblée une salutation brève mais suffisamment complète dans le sens de la ‘‘charia’’. Il rappelle sommairement l’objet du rassemblement et définit, tout aussi brièvement, le comportement à tenir, la forme et le contenu de l’invocation. A la suite de ces formelles recommandations et par deux mots – ‘‘Bismil’-Lahi’’ – il invite le public immédiatement à une prière de deux ‘‘rakas’’.

Ensuite, auprès d’Allah, il cherche refuge et protection contre Satan ; récite la Fatiha ; implore trois fois le pardon d’Allah par la grande formule ; prie trois fois sur Mouhamad (PSL) par la Salatul-Fatihi. Enfin il appelle toute l’assemblée à célébrer, fort intimement et intensément, la Gloire d’Allah (SWT) dans l’esseulement de son Unicité – la-ilaha-illal’Lah –  par la forme révélatrice de l’hymne de Mpal se reconnaissant par le ton, la chaleur et le rythme hautement spirituels.

Cette phase ultime de ‘’lancement des moteurs’’ se termine par l’évidement des cœurs de leurs préoccupations de ce bas-monde et par leur fusion totale en Dieu.

Puis, avec une sérénité sans pareille, Mame Rawhane, sous le poids de l’âge, se lève non sans peine, telle cette cire que l’on extrait par le bout du doigt du fond d’un vase, le ‘’samba-symbé’’ remis sur la tête et débordant largement sur les épaules. Dans une démarche nonchalante de va et vient devant l’assemblée, il aborde la dernière partie de la cérémonie en dirigeant personnellement le chant de  ‘’Fala-budda’’.

C’est à cet instant plus que jamais mémorable,

Que  Mame Rawhane (RTA) le valet du SERVITEUR honorable (PSL),

Obtient de son Seigneur (SWT), le DONATEUR  le plus Noble,

La miséricorde qui met fin à la guerre la plus ignoble,

En L’invoquant par ‘’Fala-budda’’ de Maodo (RTA) sa référence incontestable.

Dans son imploration, à chaque fois que Mame Rawhane termine un couplet, ses proches et les plus initiés du public le relaient par le célèbre refrain de ‘‘Fala-budda’’. Ce refrain a retenti très fort et longtemps cette matinée-là à la place Diackay-Toucouleurs. Et pendant tout ce temps, le regard rivé sur ce distingué compagnon de Maodo, El Hadj Abdoul Aziz Sy observe tous ses gestes, les yeux pétillant d’admiration pour ce vénéré guide qui lui rappelle, en ce moment, tout sur son père.

4 – L’arrivée du Gouverneur du Sénégal M. DAGUIN

Auparavant, quelques minutes avant la fin du ‘’dhikr’’ de Fala-budda, le Gouverneur est arrivé. Il est accompagné de ses collaborateurs et des membres de la délégation officielle du Gouverneur Général de l’AOF venue de Dakar constituée d’autorités administratives et militaires. Tous en tenues et casques blancs et, debout comme des sentinelles non loin des personnalités religieuses. Ils sont anxieux mais aussi confiants, impressionnés par l’espoir fondé sur une si grande affluence de qualité. Il semble que ce retard des autorités coloniales est la volonté du protocole qui a tenu à éviter une fausse note par leur présence pendant la prière des deux rakas. Le retard a certainement été souhaitable en ce qu’ il permet de réduire son temps d’attente à cet endroit sans confort aucun. 

5 – Les raisons d’espoirs

Toutes ces dévotions en récital de coran, en esseulement d’Allah et à travers le ‘‘Fala-budda’’, sont exclusivement destinées à Sa Majesté le Très Glorieux et, uniquement, pour appeler d’abord Son agrément. Et suivant les recommandations de son Maître Shaykh Ahmad a-Tijânî, c’est seulement ensuite que Rawhane pense à solliciter, en son for intérieur, le Très Haut et le Très Miséricordieux pour intervenir sur cette Guerre, bien que Lui, l’Omniscient, connaisse toutes les intentions.

A la fin de cette dernière partie des ‘’dhikrs’’, Mame Rawhane reprend sa place, dans l’attitude qui lui est caractéristique : le pouce et l’index de la main droite mi-fermée sur les lèvres. Le visage tout radieux du soufi cache mal l’allégresse d’un saint venant de communiquer intimement avec son Seigneur. Un silence absolu, s’abat sur les lieux, entraînant le public, hypnotisé, dans un état d’angoisse.

Au terme de ces prières, il est inspiré au saint l’autorisation, voire l’ordre, d’annoncer LA BONNE NOUVELLE.

L’homme hésite, ne reconnaissant en lui aucune capacité qui lui soit propre ni en pouvoirs ni en recours. En effet, il a toujours vécu dans ce désaveu total de son moi, qu’il soit en situation d’infortunes ou de fortunes.  Et il est aidé en cela par ce combat féroce qu’il mène en permanence contre son ‘’nafs’’-âme-, ce redoutable instigateur du mal et de la désobéissance. A ce lot d’humilité et d’abaissement s’ajoute un autre dans lequel il a pétri toute sa famille : celui d’un culte soutenu de l’anonymat et de la discrétion.

Cependant, à l’arrière plan de ce tableau d’un homme tapi dans l’affaissement, se dresse une auguste personnalité qui force le respect à tous. Il en est fièrement jaloux. Cette facette l’aide, avec l’assistance de son Seigneur, à se libérer de tous les clinquants et pesanteurs de ce monde. Ignorant les désirs et haïssant tous les interdits aussi bien religieux que moraux, Rawhane ne s’intéresse qu’à la recherche de la Face de son Seigneur.

L’iceberg de la vie de dévot de Cheikh Seydil’ Hadj Rawhane se présente en image du  verset 10 de la Sourate ‘’Yunus’’. Ce mystérieux monument spirituel :

– 1 – a bâti et entretenu la Mosquée de MPal avec des ‘’SUBHANAL’ LAH’’, en ‘’dhikr’’ et en récital entier du coran tous les matins avant ‘’Fadjr’’ (le centenaire de ce Kaamiil a été célébré le 05 Juin 2010) ;

 – 2 – a édifié la Mosquée de Léona à Saint-Louis sur un marigot nécessitant plus de 7 ans de travaux de remblaiement – site où sa retraite de 3 jours lui a donné confiance pour répondre favorablement à la demande du Gouverneur du Sénégal d’implorer la PAIX pour l’humanité par l’arrêt de cette guerre ;

 – 3 – a fondé la cité de Fass et y a construit la mosquée où il a passé les 7 dernières années de sa vie à célébrer les LOUANGES de d’Allah. (SWT)

‘’Iskeuy’’! Mame Rawhane ! — Quelle admirable humilité exemplaire ! — Quelle belle référence anonyme !   —  Quel précieux trésor spirituel mal connu !

Mais, en cet instant, quel que soit le degré de son humilité et de sa modestie, il faut que Mame Goor parle au public. C’est le moment ultime pour transmettre le MESSAGE.

Alors, Mame Rawhane rompt le silence par un long soupir de soulagement, et s’exécute avec beaucoup de sagesse, pétri qu’il est dans son abaissement naturel au niveau le plus insoupçonné :

« Al hamdu-lil’-Lah ! ! ! –  Al hamdu-lil’-Lah ! ! ! – Al hamdu-lil’-Lah ! ! ! – Ensemble, nous venons d’implorer la miséricorde de notre Seigneur Qui nous a bien entendus. Et, . . . il semble que par Sa Grace, Il a exaucé nos prières.»

Des acclamations en ‘‘fottassu’’[1] retentissent fort et de partout, ponctuées par des ‘‘Al hamdu-lil’-Lah’’. Et il poursuit :

« Nous pouvons espérer que le commencement de la fin de cette Guerre, c’est-à-dire le déclenchement d’un processus irréversible vers la victoire des alliées pourrait intervenir très prochainement. Alors cette calamité prendrait fin -In-cha-Allah-  dans 3 jours, sinon 3 semaines, mais dans tous les cas, ne dépasserait pas  3 mois.»

6 – Les manifestations de Prières exaucées

Et c’est ainsi que démarre, moins d’une semaine après, le phasage imprévu des opérations des alliés et leurs résultats : 

  • 7 Mars 1945 : Une grande surprise s’abat sur l’ennemi : une opération jamais programmée parce que truffée de risques. Les Anglo-Américains franchissent le Rhin (à l’improviste) ;
  • 19 Mars  :        Les Russes mettent Berlin en Flammes ;
  • 03 Mai  :        Hitler se suicide ;

Cette fois ci, ce lendemain du 03 Mai, plus que les bonnes informations reçues régulièrement depuis le 07 Mars, les messages morses apportent une nouvelle exceptionnelle : la mort de Hitler. Les sirènes de la Mairie, des Pompiers et la ‘’cloche’’5 de la Grande Mosquée et celle de l’Eglise sont activées et pendant longtemps. Toute la ville de Saint-Louis, en particulier l’île est en fête. A partir des balcons des bâtiments aux alentours du Palais du Gouverneur, les français et les commerçants libanais jettent des poignées de pièces de 50 centimes, de 1 f, de 2 f et lancent même quelques fois des billets de 5  et de 10 f (dans la monnaie de la Banque de l’Afrique Occidentale).

  • 07 Mai  : Les Allemands signent à Reims la capitulation sans condition ;
  • 19 Août : Le Japon capitule sans condition.

La séance de prières est terminée : cérémonie sans avant-premières, ni tribunes, ni chaises ; cérémonie sans fastes, ni couleurs ; cérémonie sans discours d’ouverture ni de clôture ; cérémonie pleine d’humilité et de soumission ; cérémonie empreinte d’obséquiosité et de servilité ; cérémonie toute de spiritualités profondes.

  • 07 Mai : Les Allemands signent à Reims la capitulation sans condition ;
  • 06 Août : Les Américains utilisent les bombes atomiques à Hiroshima et
  • 09 Août : à Nagasaki
  • 19 Août : Le Japon capitule sans condition. 

7 – La France reconnaissante :

Après cette mémorable séance de prières, la France a tenu à manifester sa reconnaissance à Mame Rawhane par deux actes majeurs :

– D’abord avant la fin de cette année 1945, le Gouverneur s’engage à atténuer les conditions contraignantes contenues dans son courrier N°3017 du 13-07-1944 et relatives au remblaiement du site du cours d’eau de Léona – plus de 4 ha. (Pour les besoins de la Grande Mosquée de Léona[2], une parcelle de 170,00m x 60,00m soit 10.200 m2 y était retenue suivant le permis N°1013 H.L. du 7 Août 1934). En effet, l’autorité, en prévention des risques d’inondations, a imposé le niveau des remblais à celui de la voie ferrée. Et malheureusement, déjà au début de 1944 les gisements de sable ouverts à Ndioloféne étaient presque épuisés. C’est alors que le Gouverneur autorise la démolition de la gare de Laybar aux fins de l’utilisation des gravats et de la dune du site pour compléter le nivellement du cours d’eau.

– Ensuite et bien après, le Président de la République Française, en visite dans les territoires africains pour les remercier de leurs appuis en ressources humaines, inclut dans son programme une cérémonie de décoration pour décerner à Mame Rawhane la médaille de LA LEGION D’HONNEUR et lui remettre en cadeau un riche manteau vert.

Le Gouverneur du Sénégal organise la fête, avec fastes, un matin à MPal, à la place ‘’Daqharu Campement’’.

Pour la présentation des armes, les militaires basés à ‘’Poste’’8[3] sont les premiers à investir les lieux, suivis de la garde montée du palais de Saint-Louis et un imposant détachement militaire venu de Bango. Toutes les phases de la cérémonie sont impressionnantes et même effrayantes quelques fois dans cette localité encore rurale.

 

8 – SOURCES  ET  TEMOIGNAGES

 LES SOURCES :

El Hadji Abdoul Aziz Sy Dabbagh ; El Hadji Daour Diagne (assistant privilégié de Mame Rawhane pendant 55 ans) ; Assane Diop Pathé Chef de Cabinet du Président Mamadou Dia; Amadou Lamine Camara, agent administratif dans les services du Lamine Touré frère de Amadou, un grand ami au Gouverneur Charles Jean Daguin et à Crack l’Intendant ; Yatma Lô notable à Léona; etc.

2- LES TEMOIGNAGES SUR L’EVENEMENT :

1) – El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabbagh

« C’est la première et la dernière fois que j’ai entendu ‘’Fala-budda’’ l’inimitable,

Chanté dans une voix pleine d’humilité aussi grave que pitoyable,

Accompagné d’un mouvement de va-et-vient solennel et hautement remarquable,

Bras croisés au bas du dos, dans un état de lamentations insondable. »

2)- Amadou Lamine Camara[4] (retraité, secrétaire d’administration, Gouvernance Saint Louis) : J’étais commis dans les services du Gouverneur du Sénégal. Je n’étais pas loin de lui à la cérémonie. Quand il a vu Mame Rawhane dans ses mouvements de va-et-vient, plein de sérénité et chantant ‘‘Fala-Budda’’, il ne pouvait se retenir de confier à ceux qui lui étaient proches : « Voilà le vrai marabout ».

3)- Cheikh Diarra : ce jour-là nous n’avions pas cours. En me déplaçant pour une commission, je débouche sur la place ‘‘Bayaalu-Tène-Djiguène et suis surpris par une marée humaine. Et j’y suis resté jusqu’à la fin des prières.

4)- Assane Sy (Projeteur TP à la retraite – Saint Louis) : L’on m’a emmené à la cérémonie. J’étais très jeune – 8 ans environ – Et beaucoup plus tard, Gorgui Bakary Sène, ayant remarqué mon grand amour pour Mame Rawhane, se plaisait très souvent à me raconter tous les détails relatifs à la cérémonie.

5)- Baye Moussa Bâ dit Franki (Conseiller Régional à Saint-Louis) : C’était extraordinaire. J’avais 14 ans.

Le plus souvent, pas  plus tard que ce matin (du 15/08/2012) quand je passe à côté de la place ‘‘Diackay-Toucouleurs’’, l’évènement me revient à l’esprit. Et il m’est toujours possible de vous préciser, sur les lieux, le point  de stationnement de Mame Rawhane pendant les 2 ‘‘rakas’’. Après la cérémonie, Mame Rawhane, assailli par le public pour le congratuler, avait beaucoup de difficultés pour regagner sa voiture. Il a dû son salut à l’intensification d’une fine pluie qui avait commencé vers la fin de la cérémonie.

6)El-Hadj Mansour Yade (Mpal) : Nous avons assisté à l’ensemble des différentes phases des prières appelées communément ‘’Gnaanu-Ndar-ga’’. . . . . Et, également plus tard, quand les Français sont venus à Mpal remercier Mame Rawhane de la part du gouvernement français en lui décernant une médaille, à Daqharu-campement, nous étions là. Et enfants que nous étions, nous avons tous pris la fuite à la sortie des longs et brillants sabres des gendarmes habillés en rouge.

7)El-Hadj Ngagne Diop (Mpal) : Nous tous, enfants du Daara, étions présents à la séance des prières par la faveur des travaux du remblaiement de Léona. Pendant toute la saison sèche de cette année, nous avons été hébergés chez Baye Toubab Diagne.

8)Talla Ndiaye (Thiès, fils de Adama) : En l’absence de l’ainé de la famille, mon père m’a dit : « Prends alors ton caftan et accompagne-moi ». Et il m’a raconté, quelques jours après les prières qu’il s’était rendu chez Mame Rawhane pour le féliciter. Et il lui a répondu : « Il n’y a pas lieu. Il ne s’agissait que d’une mission dont Allah nous avait chargés à nous tous qui étions sur la place ce jour-là ».

 

Il a dû son salut à l’intensification d’une fine pluie qui avait commencé vers la fin de la cérémonie.

Cela était d’autant plus étrange, que nous étions au mois de Février, en pleine saison sèche.

En cela, Maodo avait raison de lui dire, un jour : « Rawhane raw nga say morom ».

[1]‘‘Fottassu’’ : Claquements faits avec les doigts (pouce et majeur) en signe d’applaudissements en islam.

[2]La grande Mosquée de Léona : La deuxième Grande Mosquée de Saint-Louis après celle du Nord à l’île.

[3]‘‘Poste’’ : une forteresse construite à quelques 200m avant Gouy-Mbodj (limite de la région de Saint-Louis). La bâtisse en forme de trois arches abritait la base arrière des forces cantonnées à Bango. Désaffecté, ‘’Poste’’ a été cédé en 1952 à El Hadj Massamba Diaw, sur sa demande, par le Gouverneur Général sur proposition du Gouverneur du Sénégal.

[4]A. Lamine Camara : Secrétaire d’Administration dans le cabinet du Gouverneur du Sénégal: Il était très marqué – toute sa vie durant – par cette séance de prières. A l’occasion de chacune de nos rencontres, il ne tarissait d’y revenir en me racontant les moindres détails qu’il retenait encore de cette cérémonie. Et à travers son visage radieux et sa disponibilité, je sentais en lui le  grand plaisir qu’il en éprouvait.

Par Madior DIAW, Ancien Directeur des Travaux Publics

 

 

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