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Qui est Mohamed Ould Bouamatou ?

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mohamed ould bouamatou
mohamed ould bouamatou

Mohamed Ould Bouamatou est né le 3 juin 1953 au sein d’une famille de la tribu maure Ouled Bou Sbaa2, une tribu commerçante3. Il commence la vie active en tant qu’Instituteur après un diplôme de l’école normale d’instituteurs. A 22 ans, il quitte sa vie d’enseignant et se lance dans le monde des affaires en rejoignant Somipex, une société dirigée par son oncle et spécialisée dans l’import-export. A peine deux ans plus tard, en 1977 alors qu’il a 24 ans, son oncle le nomme directeur général adjoint de l’entreprise3.

 

Carrière

Mohamed Ould Bouamatou commence alors des cours du soir de comptabilité et crée rapidement sa propre affaire : une fabrique de pains dans le quartier de Nouakchott, à la Médina G3. En 1983, alors que le Gouvernement mauritanien vient de mettre en place un système de financement du secteur privé, le Fonds national de développement, il obtient un crédit qui lui permet de fonder une nouvelle société : Cogitrem, avec laquelle il vend des caramels en Mauritanie, mais aussi au Sénégal et au Mali3.

Au début des années 1980, sa carrière d’homme d’affaires prend un autre tournant. Alors qu’il voyage en Espagne, il rencontre le dirigeant de Gallina Blanca3. L’entreprise commercialise des bouillons, les bouillons Jumbo, dans toute l’Afrique excepté en Mauritanie. Mohamed Ould Bouamatou devient alors le représentant officiel de la marque dans son pays3. En parallèle, il profite de ses contacts chez Philip Morris pour accaparer le marché de la revente des cigarettes de la marque. Un monopole qui le place sous le feu des critiques, certains observateurs assurant qu’il aurait obtenu cette exclusivité à coups de « liasses de billets »3. Il multiplie les activités et devient ensuite également concessionnaire de la marque automobile Nissan3.

En 1995, alors âgé de 42 ans, Mohamed Ould Bouamatou crée la première banque banque privée du pays, la Générale de banque de Mauritanie (GBM). Grâce à ses relations, il obtient le soutien de la Belgolaise, une filiale de Fortis3. Une aide qui lui permet d’obtenir des crédits de la Société financière internationale (SFI)3.

Après la banque, Mohamed Ould Bouamatou se lance dans les assurances et créé les Assurances générales de Mauritanie (AGM). Il devient également actionnaire de diverses entreprises dans le pays qu’il aide à fonder à l’instar de Mattel, le premier opérateur GSM mauritanien, à la création duquel il participe en 2000, en collaboration avec Tunisie Télécom, et détient encore en 2008 39 % des actions3. A partir de ces années-là, l’expansion de ses affaires est soutenue par l’influence croissante de deux de ses cousins militaires Ouled Bou Sbaa, Mohamed Ould Abdel Aziz et Ely Ould Mohamed Vall1. En 2006, il remet le couvert et participe à la création de Mauritania Airways3. Entretemps, Bouamatou fut président de la Confédération nationale du patronat de Mauritanie (CNPM)3.

En 2008, Mohamed Bouamatou a été un partisan convaincu du coup d’Etat de 2008 mené par Mohamed Ould Abdel Aziz et est, selon les rumeurs, la principale source de financement de la campagne de ce dernier qui aboutit à son élection à la magistrature suprême1.

Il investit 40 millions d’euros dans la construction d’une usine de fabrication et d’emballage de ciment à quelques kilomètres de Nouakchott dans le but de concurrencer les deux géants mauritaniens du secteur, la Mauritano-française de ciment (MAFCI) et Ciment de Mauritanie3.

Fondation pour l’égalité des chances en Afrique

Apôtre et défenseur de l’égalité des chances, Ould Bouamatou s’associe en 2015 avec Me Georges-Henri Beauthier et Me William Bourdon pour créer la Fondation Africaine pour l’égalité des chances en Afrique4. Cette dernière, lancée officiellement le 18 janvier 2016 depuis les locaux du Parlement européen à Bruxelles, s’attachera à soutenir des projets dans le monde de l’éducation, de la justice, de la santé et des droits de l’Homme.

En 2016, le premier « Prix Fondation Bouamatou » 5 est décerné au kino-congolais Denis Mukwege 6 qui sera couronné deux ans plus tard Prix Nobel de la paix 7 en considération de son engagement contre les mutilations génitales des femmes au Congo.

À travers sa fondation, Mohamed Ould Bouamatou apportera son aide financière à SOS Méditerranée et à l’équipage de l’Aquarius (navire de sauvetage) 8, acteur majeur dans les opérations de sauvetages humanitaires et défenseur des migrants rescapés en Méditerranée 9.

En 2017, Bouamatou et sa fondation participent au financement de la Plate-forme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) 10 en vue de soutenir les militants de l’ombre dans leur combat en faveur d’une réelle expression démocratique et d’une lutte efficiente contre la corruption et les pratiques illégales en Afrique.

La même année, donnant suite au Global Women Leaders’ Forum de 2016, c’est en tant que fondateur et président de la Fondation pour l’égalité des chances en Afrique que Mohamed Ould Bouamatou sponsorise et participe à la conférence Soft Power Today de l’UNESCO à Paris4. Accompagné de plus de 50 personnalités de haut niveau désirant « Promouvoir l’autonomisation et le leadership des femmes », Ould Bouamatou soutiendra la déclaration officielle de l’UNESCO envers l’ Égalité des sexes 4.

Dans son pays, soutenant les artistes en exil, Ould Bouamatou offre au nom de sa fondation une dotation de 100.000€ au bénéfice du groupe de rap Ewlad Leblad (« les fils du pays ») 11, objet de menaces liées à leurs opinions politiques et à leur engagements contre les dérives politiques et la corruption en Mauritanie 12. En 2018, c’est aussi au nom de sa fondation que Ould Bouamatou contribuera à l’extension du lycée français de Nouakchott 13, fleuron de l’ Éducation en Mauritanie.

Engagement féministe

Qualifié de « plus grand féministe africain » 14, Ould Bouamatou considère l’égalité des genres comme un fondement de la justice sociale mais aussi comme une nécessité économique4. Admettant être issu d’une culture souvent stigmatisée dans un rôle de soumission des femmes, il rejette l’idée de voir ces dernières comme une minorité placée sous le joug autoritaire de l’homme et n’hésite pas à rappeler que le développent humain en Afrique est lié à la capacité des femmes à s’emparer et à exploiter les richesses du continent4.

En Mauritanie, il soutient l’Association des Femmes Chefs de Famille et sa présidente Aminetou Mint El-Moctar, activiste féministe 15. Pour lutter contre la mortalité maternelle, il construit en 2004 une extension de la maternité de l’Hopital Cheikh Zied à Nouakchott4.

Au Maroc, il contribue au fonctionnement d’un centre d’hébergement accueillant des lycéennes désirant poursuivre des études supérieures. Au niveau international, il apporte son soutien à l’Alliance mondiale genre et média, au programme MOST pour la gestion des transformation sociales et aux multiples programmes de l’UNESCO en faveur des femmes4.

Dans l’objectif de servir la Paix, la justice et le développement durable dans le monde, il appelle à ce que le XXIe siècle soit celui des femmes. Reprenant Mohandas Karamchand Gandhi qui déclarait que « nous sommes tous frères », il proclame que « nous sommes tous sœurs »4.

 

Prises de position et controverses

 

Considérant que le président Abdelaziz a pleinement trahi les promesses du changement attendu, Bouamatou n’hésite pas à s’opposer ouvertement à son cousin ainsi qu’à son régime. À son tour, Abdelaziz accuse son cousin de financer illégalement les acteurs de l’opposition, notamment ceux qui rejettent avec force le référendum du 5 août 2017 et l’idée d’une révision constitutionnelle pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat.

Mohamed Bouamatou a été l’objet de nombreuses attaques de la part de l’appareil d’État mauritanien en représailles de son opposition publique au régime militaire du général Mohamed Abdelaziz16.

En 2013, plusieurs entreprises appartenant à Mohamed Ould Bouamatou sont ainsi soupçonnées par le pouvoir en place de détournement fiscal17. La Direction générale des impôts mauritanienne (DGI) menace de fermeture l’entreprise Bouamatou Ciment pour « non payement d’impôts » et « fraude fiscale« , alors qu’un contrôle fiscal de la société effectué en 2012 avait pourtant approuvé son bilan et sa déclaration17,18. En tout, trois de ses sociétés reçoivent des avis de redressement fiscal d’un montant total estimé à 10,3 millions d’euros, soit 4,3 milliards d’ouguiyas19. Des montants encore jamais vus en Mauritanie, que la presse locale a décrits comme la preuve d’un « acharnement » de la part du régime de Mohamed Abdelaziz contre Mohamed Bouamatou19,18.

En mai 2015, c’est au tour du journaliste de Mondafrique, Nicolas Beau, d’être attaqué par la junte militaire20. Le journaliste, souvent véhément à l’encontre du président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, est accusé sur des blogs et médias contrôlés par le pouvoir en place d’être payé par Mohamed Ould Bouamatou, actionnaire de Mondafrique à hauteur de 10 %20,21. Nicolas Beau réfute ces accusations dans une tribune et déclare « être indépendant », « malgré l’aide de quelques mécènes »20.

En 2017, devenu principal appui de l’opposition et bête noire du régime, Ould Bouamatou met ses ressources au profit de ceux qui refusent de voir l’institution sénatoriale abolie et soutient légalement l’opposition mauritanienne afin de favoriser la démocratie en Mauritanie22. Il se retrouve alors sous le coup d’un mandat d’arrêt de la justice mauritanienne, provoquant la diffusion automatique par Interpol d‘une notice rouge visant l’homme d’affaires résidant à l’étranger.

Ciblé par le régime militaire en place au même temps que Mohamed Ould Debagh, vice-président du groupe BSA et onze sénateurs de l’opposition, Mohamed Ould Bouamatou sera officiellement inculpé de corruption. La sénatrice Malouma Mint Meïdah est parallèlement entendue par la justice et le sénateur Mohamed Ould Ghadde, en charge de la commission d’enquête sur les marchés publics, se retrouve placé sous mandat de dépôt. En considération des liens qu’ils entretiennent avec Bouamatou, le procureur met également sous contrôle judiciaire trois journalistes, une directrice d’un site d’information en ligne et deux leaders syndicaux.

En réaction à l’affaire qui a fait grand bruit, l’ONU se déclarera préoccupée par la séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif en Mauritanie. À travers son groupe d’experts, elle appellera en juillet 2018 le régime de Ould Abdelaziz à respecter ses engagements en matière de droits de l’homme et à libérer immédiatement le sénateur Mohamed Ould Ghadde, arbitrairement privé de sa liberté en raison de son activisme politique. Considérant que Ould Bouamatou n’a jamais caché son soutien légal à l’opposition mauritanienne, la commission d’Interpol annulera quant à elle les notices rouges qui ont été émises contre lui et Mohamed Debagh, concluant que l’affaire est entachée d’une notoire dimension politique22.

Sollicité par l’opposition mauritanienne pour la représenter lors des élections présidentielles de 2019, Mohamed Bouamatou a finalement été contraint de renoncer à se présenter en raison des poursuites dont il fait l’objet en Mauritanie, ce qui a été considéré par l’opposition comme « représailles » du régime d’Abdelaziz « contre le ralliement » de Bouamatou à l’opposition et « son soutien aux droits de l’homme »23.

Vie personnelle

Le 28 novembre 2009, Mohamed Ould Bouamatou se voit décerner la médaille de commandeur de l’Ordre du mérite national17.

Mohamed Ould Bouamatou est multimillionnaire24. En effet, si sa fortune n’est pas officielle, il a tout de même déboursé 2.680 millions d’euros de fortune personnelle en 2013 pour l’extension d’un lycée français à Nouakchott, soit 1,7 milliard d’ouguiyas24.

Famille

Partisan d’une education progressiste, Mohamed Bouamatou a encouragé deux de ses filles à poursuivre de longs parcours universitaires4.

Ghlana Bouamatou a réussi un cursus de droit à l’Université de Paris II Assas4. Leila Bouamatou a effectué quant à elle son enseignement supérieur en Tunisie25 et en Espagne puis a obtenu un PHD à la Fox School of Business à l’université de Philadelphie4.

Formée à Londres dans le domaine de la finance internationale, Leila Bouamatou est aujourd’hui à la tête de la Générale de banque de Mauritanie (GBM)26. Première femme à diriger un établissement bancaire en Mauritanie, elle est reconnue comme l’un des dix plus jeunes espoirs africains et est classée par l’institut Choiseul et le magazine Forbes dans la liste des 100 dirigeants de demain26.

Notes et références

  1. ↑ Revenir plus haut en :ab et c THE RISE OF THE OULED BISBAA.
  2. Ibrahima Dia, « Mauritanie: le président Mohamed Abdel Aziz et les deux tribus » [archive], sur financialafrik.com, 17 août 2013 (consulté le 9 septembre 2017).
  3. ↑ Revenir plus haut en :ab c d e f g h i j k l m et n « Mohamed Ould Bouamatou – JeuneAfrique.com » [archive] (consulté le 29 septembre 2015)
  4. ↑ Revenir plus haut en :ab c d e f g h i j et k UNESCO, UNESCO’s soft power today: fostering women’s empowerment and leadership, Paris, UNESCO Publishing, 30 juin 2017 (ISBN 978-92-3-100247-2lire en ligne [archive]), p. 24-25
  5. « Docteur Denis Mukwege, récompensé pour son oeuvre » [archive], sur be, 21 janvier 2016 (consulté le 16 août 2019)
  6. « Quant Bouamatou récompensait Denis Mukwege » [archive], sur com, 7 octobre 2018 (consulté le 16 août 2019)
  7. « Prix Nobel de la paix à Denis Mukwege, la consécration d’un médecin engagé » [archive], sur com, 5 octobre 2018 (consulté le 16 août 2019)
  8. « SOS Méditerranée appelle à la solidarité suite au premier naufrage de l’année » [archive], sur com, 22 janvier 2018 (consulté le 16 août 2019)
  9. « Rapport Annual France 2016 » [archive], sur fr, 2016 (consulté le16 août 2019)
  10. (en) « Africa’s Whistle-blowers: ‘All I Did Was Tell the Truth’» [archive], sur com, 1er juin 2018 (consulté le 16 août 2019)
  11. (ar) « « أولاد لبلاد » على فرانس 24 :حصلنا على 100 الف يورو من منظمة بوعماتو ونسعى لتغير افريقيا» [archive], sur info,‎ 1er décembre 2016 (consulté en 16 aoùt 2019)
  12. « Des hommes en armes menacent des rappeurs mauritaniens réfugiés à Dakar» [archive], sur fr, 2 mars 2016 (consulté le 16 août 2019)
  13. « Inauguration de l’extension du lycée français de Nouakchott: Hommage à la Fondation Bouamatou» [archive], sur 29 janvier 2018 (consulté le 16 août 2019)
  14. « Autonomisation et leadership des femmes dans le monde» [archive], sur fr, 30 juin 2017 (consulté le 16 août 2016)
  15. « Mauritanie : des ONG financées par Bouamatou condamnent une décision de justice le concernant» [archive], sur com, 26 août 2018 (consulté le 16 août 2019)
  16. « Mauritanie : Bouamatou visé par une plainte pour blanchiment d’argent en France» [archive], sur com, 13 juillet 2018 (consulté le 29 août 2019)
  17. ↑ Revenir plus haut en :abet c Hindou, « Affaire Bouamatou : Une entreprise de liquidation ? » [archive], sur gps.mr (consulté le 29 septembre 2015)
  18. ↑ Revenir plus haut en :aet b« Bouamatou/DGI : Quand les impôts servent de bâton ! », Le Quotidien de Nouakchott,‎ 27 janvier 2013 (lire en ligne [archive])
  19. ↑ Revenir plus haut en :aet b« Mauritanie : qui veut la peau de Bouamatou ? – JeuneAfrique.com » [archive] (consulté le 29 septembre 2015)
  20. ↑ Revenir plus haut en :abet c « Pourquoi « Mondafrique » charge Ould Abdel Aziz – MAURITANIE – La Lettre du Continent » [archive], sur africaintelligence.fr (consulté le 29 septembre 2015)
  21. « L’acharnement de Mondafrique contre le président Aziz: Nicolas Beau donne l’explication. | Mauriactu : MAURITANIA AL MALOUMA» [archive], sur info (consulté le29 août 2019)
  22. ↑ Revenir plus haut en :aet b« Mauritanie : au grand dam du Président, Interpol annule les avis de recherche contre Bouamatou et Debagh » [archive], sur La Tribune (consulté le 29 août 2019)
  23. La redaction de Mondafrique, « Mauritanie, l’opposition derrière Mohamed Bouamatou» [archive], sur Mondafrique, 24 février 2019 (consulté le 29 août 2019)
  24. ↑ Revenir plus haut en :aet b« Pour Sarkozy, Bouamatou dégaine 2,680 millions euros pour notre lycée français Théodore Monod » [archive] (consulté le 29 septembre 2015)
  25. Christine Holzbauer, « Leila Bouamatou, La banque en héritage» [archive], sur com, 14 mars 2019 (consulté le 7 septembre 2019)
  26. ↑ Revenir plus haut en :aet b« Leïla Bouamatou: banquière, fille de son père et femme de son continent » [archive], sur fr, 1er août 2019 (consulté le 7 septembre 2019)

Source : wikipedia

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