Home Actualité Analyses L’ONU : 70 ans ! Et après …? (Par Jean Marie Biagui)

L’ONU : 70 ans ! Et après …? (Par Jean Marie Biagui)

346
0
SHARE

Dans notre avant-projet de société, nous affirmons que « Le Sénégal dispose d’atouts certains qui l’autorisent objectivement à prétendre au statut de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) : des institutions d’autant plus fortes que plus deux décennies de guerre en Casamance ne sont parvenus à éclabousser l’Etat ; une tradition démocratique unique en Afrique ; une diplomatie efficace(le MFDC, malheureusement, en a fait les frais) ; une expérience éprouvée dans la défense des droits de l’homme ; beaucoup de professionnalisme et une participation constante dans la gestion ou le règlement des conflits en Afrique et dans le monde. Toutes choses qui militent donc en faveur de la candidature du Sénégal auprès de cette institution des Nations Unies, malgré son étroitesse géographique et démographique ou sa relative pauvreté ».

Ceci est donc notre conviction. Cependant, que les Africains se le tiennent tous pour dit : le futur Etat africain membre permanent du Conseil de Sécurité ne le sera pas ès-qualité en tant que membre de l’Union Africaine (UA). Et pour cause : tous les Etats africains ne sont pas membres de l’UA. IL n’aura pas non plus pour vocation de représenter l’UA auprès de cette institution des Nations Unies. De plus, l’UA n’étant pas, en tant que telle, un Etat souverain, elle ne saurait prétendre à aucune place, si minime soit-elle, au Conseil de Sécurité en qualité de membre permanent.

 Aussi, un Etat africain, fût-il le plus puissant du continent, ne peut avoir sa place au Conseil de Sécurité, comme membre permanent, s’il est frappé en même temps de la propension pathologique à la démission pour un oui ou un non, à la faveur notamment de ses susceptibilités diplomatiques.

 Toutes ces considérations faites, toutes choses égales par ailleurs, l’Afrique du Sud ne se retirera pas de la Cour Pénale Internationale (CPI), si tant estqu’elle veuille bien faire sienne la haute idée selon laquelle : la justice, comme vertu, est la première des institutions sociales et, en tant que pouvoir, celui qui transcende tous les autres.

 En cela, aucun prétexte ni aucune excuse ne sont jamais, en eux-mêmes, ni nécessaires, ni suffisants, pour justifier le parjure de quelque Etat que ce soit, face à son devoir ou son obligation de contribuer, de manière efficiente et efficace, à la promotion de la justice. Et, quelle que soit sa force, la présomption d’une justice non-égale pour tous ne sera jamais assez forte pour autoriser que l’on puisse s’y soustraire impunément.

 Or, l’hypocrisie, le mensonge, la compromission et la capitulation, dont les autorités sud-africaines ont récemment fait montre, sous couvert du devoir de « solidarité africaine », pour ne pas exécuter les mandats d’arrêt internationaux activés contre le président du Soudan Omar El Béchir, sont autant de parjures de la part de Pretoria.

 A la suite de cela, hélas, nombre d’Africains nous ont fait honte ; qui convoquant en l’occurrence, avec facilité et légèreté, leur idée du « panafricanisme contre », contre l’Occident, contre les anciennes puissances colonisatrices, et à tout prix, puisqu’ils sont toujours coupables à leurs yeux de tout en Afrique ; qui opposant, sans sourciller, l’immunité du président soudanais à la nécessaire légitimité de la justice que l’humanité toute entière doit à ses victimes présumées.

 En conséquence, avec cette affaire dite du président Omar El Béchir à Pretoria, singulièrement symptomatique du silence coupablede la quasi-totalité des pays africains qui aura si tristement assombri son dénouement, peut-on encore sérieusement penser que nos Etats sont suffisamment matures pour prétendre à quelque place, comme membre permanent avec droit de veto, au Conseil de Sécurité, si l’on sait qu’il est de plus en plus question de vie ou de mort dans les délibérations de cette institution des Nations Unies ? Rien n’est moins sûr.

 Dakar, le 26 juin 2015.

 Jean-Marie François BIAGUI

Président du Mouvement pour le Fédéralisme

et la Démocratie Constitutionnels (MFDC-fédéraliste)

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here