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« Les mutations de la société sénégalaise, Autopsie d’une Crise/ Angoisse, Perdition et Incertitude: LA FACE CACHEE DU SENEGAL POST- COLONIAL

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mamadou sy albert
mamadou sy albert

L’ouvrage « Les mutations de la société sénégalaise, AUTOPSIE D’UNCE CRISE / ANGOISSE, PERDITION, INCERTITUDE » (544 pages, Presses Universitaires de Dakar, Décembre 2018) vient de paraître. Cette publication plonge son lecteur au cœur des crises et des mutations de la société sénégalaise tout au long de  ces dernières décennies, au centre des enjeux politiques, éducatifs, sociaux et culturels, religieux  de ces deux phénomènes majeurs de notre histoire contemporaine. Quatre Présidents de la République se sont succédé à la tête de l’État post- colonial. Ils ont des trajectoires politiques, universitaires et des profils différents : Poète, Administrateur civil, Juriste et économiste et Géologue.

Chacun de ces Présidents de la République avec sa personnalité, son ambition, sa vocation, sa vision et son approche du pouvoir étatique, du développement et du citoyen sénégalais. Ces  Présidents de la République  ont pensé et mis en œuvre une gouvernance politique et économique. Les contextes historiques et politiques de l’exerce des fonctions présidentielles ne sont point identiques. Les  caractères et les approches de  gouvernance les différencient également.

En dépit de ces différences naturelles et des aléas des contextes dans lesquels les quatre Présidents de la République ont dirigé leur pays, il semble permis de noter  des similitudes entre les règnes de ces hommes d’État, de poser des parallèles et des comparaisons entre les discours, les pratiques politiques, les types de gouvernance du Sénégal et les résultats globaux de leur action politique. Le régime présidentialiste, la gouvernance élargie aux acteurs d’une partie de l’opposition; la domination du parti et de la coalition de la mouvance du Président de la République exerçant le pouvoir étatique ; la mainmise de la majorité sur les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire et les médias des services publics ;  le poids écrasant du fait majoritaire dans la conduite des affaires publiques nationales et locales, l’exclusion de l’opposition de la gouvernance constituent des caractéristiques majeures de la gouvernance des quatre Présidents du Sénégal post- colonial. Ces caractéristiques sont  communes au présidentialisme.

En dépit de l’avènement de deux alternances en mars 2000 et 2012, le visage politique institutionnel de l’État central et la manière présidentielle de gouverner seul en tant que clef de voûte des institutions républicaines et du jeu politique, n’ont  pas réellement connu les changements  significatifs attendus des régimes démocratiques post- coloniaux : les socialistes et les acteurs des alternances de régimes ont préservé les héritages légués par le modèle de la  France. Parallèlement  à cette pesanteur envahissante du régime présidentialiste atténuée à des moments donnés par la désignation d’un Chef de gouvernement et /ou la nomination d’un  Président de l’Assemblée Nationale n’appartenant pas au parti du Président de la République sous le règne du Président de la République, Macky Sall, le Sénégal post- connaît et vit une situation de crise durable et un état de son économie  extraverti et dépendant fortement de l’Hexagone et des Partenaires Techniques et Financiers.

La crise et la dépendance sont quasi structurelles. La crise est à la limite devenue  permanente depuis les évènements de mai 1968. Le secteur de l’éducation nationale, celui de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le traitement du sort de la majorité de la population analphabète et du monde rural,  la question de la jeunesse, notamment, la formation professionnelle et technique, l’emploi des jeunes scolarisés et les jeunes non instruits à l’école française et les secteurs sociaux de base en l’occurrence la santé, l’accès aux besoins sociaux de base demeurent  des préoccupations tenaces des sénégalais des villes et de la campagne. Les crises et les mutations se conjuguent et s’enchevêtrent dans la société sénégalaise.

Quelles sont ces types de crises et ces mutations multiformes ? Quelles sont  les causes profondes de ce malaise persistant  de la gouvernance politique et économique? Comment se traduisent ces crises et mutations dans la marche de l’État  post- colonial, dans la société sénégalaise, dans les secteurs de l’éducation, de l’Université et dans l’éducation traditionnelle et religieuse ?  Où conduisent ces crises et ces mutations ? Mamadou Sy Albert, analyste politique, l’auteur du livre ne prétend point livrer une réponse politique tranchée à des questions aussi complexes, aussi importantes et graves. Bien au contraire.

L’auteur  privilégie  dans son livre les articulations entre l’observation des faits à la lumières des résultats concrets de l’action politique  et de l’Utopie des quatre Présidents de la République dans des secteurs fondamentaux et les résultats des travaux de chercheurs dans les sciences sociales et des travaux des experts travaillant sur la gouvernance politique et économique. Il s’agit de faire le lien dialectique entre l’observation objective  des faits politiques, des faits de société sur une longue période historique et les résultats de la recherche détachée des clivages partisans, des partis pris, des idéologies, des convictions politiques et /ou de doctrine. Les crises et les mutations sont les deux  variables de cette étude portant sur les mutations de la société sénégalaise post- coloniale. La première variable à savoir la crise est comprise ici sous l’angle d’un dysfonctionnement d’un système ou d’une composante d’un système: politique, éducatif, social, culturel, religieux. Ce dysfonctionnement produit assez souvent  des effets relativement importants et provoque la recherche de solutions et des remèdes à court, moyen et long terme par les responsables de l’État central ou local. C’est le cas de la sécheresse des années 1970, des politiques de l’Ajustement structurel et de la mondialisation de l’économie et de la gouvernance au début des années 1980.

La deuxième variable en l’occurrence la mutation est comprise dans le sens d’un bouleversement d’un ordre et /ou d’un rapport : social, culturel, religieux,  politique. Ce qui se révèle important dans l’approche de l’étude des crises et des mutations d’une société à l’instar de celle que nous étudions sur une longue durée de vie est  l’articulation dynamique entre les phénomènes de crises et les  mutations. Elles sont très liées malgré les différences relevant de la  nature des crises, des mutations et des impacts. La mondialisation de l’économie et de la gouvernance a  désormais donné aux crises et aux mutations une dimension singulière par son aspect  à la fois globalisant  et localement circonscrit. L’un ne va point sans l’autre. La crise et la mutation ne sont plus des phénomènes spécifiques propres à un pays. Le Sénégal partage avec ses partenaires africains et du reste du monde une crise globale des sociétés contemporaines et des mutations profondes généralisées qui se traduisent sous des formes variées localement dans des secteurs productifs, éducatifs, financiers, religieux, culturels  et politiques.

Tout laisse penser  que les solutions de la mondialisation (réformes structurantes, ouverture du marché et au capital international, uniformisations des règles du jeu, compétition et recherche de profit et de rentabilité rapide) ne sont pas  à la hauteur des effets massifs des crises et des mutations des sociétés actuelles. Le Sénégal post- colonial se retrouve ainsi au centre de crises cycliques permanentes  dont les sources sont à la fois endogènes et exogènes et des mutations inattendues, mal pensées et mal maîtrisées par les acteurs politiques et les acteurs de la société civile. La déchéance de la société sénégalaise est alors un risque notoire du dérèglement de la société globale et de la gouvernance  nationale et locale. Il se dessine à l’horizon  la fin d’un modèle démocratique et républicain qui s’essouffle au Nord et au Sud et l’irruption d’une cassure continue de la société plombée par la crise durable et des mutations massives des sociétés capitalistes et des pays faibles économiquement dépendants de l’économie aveugle du marché international sans foi ni Dieu autre que celui de l’argent. Jamais le Sénégal n’a connu une crise aussi durable doublée d’une crise de confiance politique, morale et éthique aussi significative entre le pouvoir et les populations, entre l’élite politique et les citoyens, entre les pouvoirs politique, religieux et traditionnel avec la jeunesse désemparée fuyant dans tous les sens la misère sociale et l’oisiveté.

La perte des valeurs devient de nos jours une des  sources d’une  peur collective et individuelle, des angoisses existentielles et de l’incertitude. Cette peur présente dans les familles qui se disloquent, au travail qui ne nourrit plus le travailleur et dans le vécu quotidien dramatique socialement et ces angoisses, nourrissent  un vent de révolte contenu pour le moment contre l’autorité politique, contre  l’autorité parentale, contre l’autorité religieuse et contre l’autorité traditionnelle. Cette dernière  se meurt d’ailleurs dans le monde rural et dans le monde urbanisé. Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication accélèrent dès lors les distances et détruisent les liens  entre les anciennes générations et les jeunes générations perdues entre les repères traditionnels plus mythiques que réels et l’avenir incertain, d’une part, et secrètent de nouveaux comportements individualistes, égoïstes et des mentalités violentes en rupture  avec le socle culturel de la société politique et de la société des adultes, d’autre part. Le pouvoir religieux n’est pas non plus à l’abri de la crise de la société, des mutations en dépit du retour massif à la religion. La crise  du pouvoir religieux est à la fois interne et externe. Il est  contesté  dans ses rapports avec  les fidèles se réclamant de l’Islam orthodoxe inspiré de certains pays arabes radicaux ou non confrériques. Le pouvoir religieux confrérique est contesté dans ses  liens avec le pouvoir  traditionnel et  le pouvoir politique. Le pouvoir religieux est  remis progressivement en cause dans ses fondements traditionnels, ses liens avec le pouvoir politique et dans son autorité.

La jeunesse musulmane organisée dans le mouvement associatif et dans les « dahira » s’est désormais transformée en un acteur important dans la propagation d’un islam politique à la Sénégalaise et dans le jeu politique où elle a fini par prendre part activement aux élections locales et nationales. C’est un acteur important du champ politique et de la vie religieuse sénégalaise. Elle est présente dans le secteur de l’éducation. Le retour en force de la religion dans les rangs de la jeunesse, des élèves et des étudiants résulte à bien des égards de la présence de plus en plus visible de ce mouvement de la jeunesse musulmane dans les espaces scolaires et universitaires. Ce mouvement de jeunesse  n’a pas dit certainement son dernier sur l’éducation laïque, sur le modèle politique et éducatif post- colonial sous l’influence de l’ancienne puissance colonisatrice et des bailleurs de fonds. L’école et l’Université sont toujours  et demeurent des centres de conflits sociaux et politiques. Ni l’école française, ni l’Université ne répondent apparemment au fil des évolutions aux besoins de la société sénégalaise et de sa jeunesse. La crise du système éducatif et de l’Enseignement Supérieur est cyclique. Les mutations en cours impulsées par les Contrats de Performance et le Programme Qualité et Ethique présagent  des changements susceptibles d’aggraver les inégalités sociales entre les enfants des populations moyennement riches et  ceux des familles  pauvres : l’accès à l’Université, aux filières professionnelles et à l’emploi de qualité va dépendre de la bourse familiale.

L’avenir de la jeunesse  est une question centrale des crises et mutations. Les tendances lourdes se dessinent. L’ampleur de la crise multiforme est énorme. Elle affecte tous les leviers de la société et ses mécanismes de fonctionnement politiques, culturels, religieux et traditionnels. Les conséquences de la crise et des mutations des sociétés contemporaines seront massives et violentes dans les rangs de la jeunesse et des populations les plus démunies. L’alternance est  pour le moment le mode de  résolution ou de dépassement démocratique des conflits politiques, sociaux et culturels que le peuple souverain a choisi face aux défaillances de la gouvernance institutionnelle.

L’alternance politique  ne semble pas  toutefois être synonyme d’un vrai changement des conditions des populations et de la jeunesse. Les sénégalais ont appris à sanctionner positivement et négativement. La démocratie et la citoyenneté sont ancrées dans le tissu social et culturel. Les sénégalais  devront apprendre à connaître la face cachée de la société sénégalaise, les faiblesses et les forces de l’alternance de régime et des héritages politiques post- coloniaux, à mieux comprendre la société  sénégalaise en pleines mutations et la marche du monde conduite par la mondialisation du marché et de la gouvernance politique et économique. Le véritable  changement politique de société résultera probablement d’une réappropriation des sénégalais des  valeurs positives panafricaines et d’une audace politique du changement effectif des comportements citoyens et des mentalités de la classe politique et de la société civile. Une révolution des mentalités est peut-être un passage obligatoire.

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