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“Le Ps risque de sombrer”

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Crise au Ps
Crise au Ps

Concernant la situation de crise qui prévaut actuellement au sein de l’ancien parti au pouvoir, Maurice Soudieck Dione estime qu’il s’agit de signes avant-coureurs des contradictions autour de la succession du Premier secrétaire Ousmane Tanor Dieng.

Le Parti socialiste risque de sombrer dans une profonde léthargie. L’alerte est du Docteur en Science politique et Enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Interpelé hier, mercredi 15 mai sur la situation de crise qui prévaut actuellement au sein de l’ancien parti au pouvoir, Maurice Soudieck Dione confie qu’il s’agit de signes avant-coureurs des contradictions autour de la succession du Premier secrétaire Ousmane Tanor Dieng. Ainsi, prévient-il, «si le PS ne gère pas la question de la succession à la direction du parti avec une stratégie efficace et un programme politique pertinent, en dehors de Benno Bokk Yaakaar, il risque d’être de plus en plus affaibli, parce que noyée dans cette coalition».

Comment appréciez-vous la nouvelle crise qui secoue le Ps ?

«La crise qui secoue le PS est une crise de rétribution sur fond de crise de transition. En effet, des voix s’élèvent de plus en plus dans le parti pour contester le choix de la reconduction des mêmes ministres, qui représentent au Gouvernement, le Parti socialiste. Mais, cette crise a une base plus profonde car, il s’agit aussi des signes avant-coureurs des contradictions autour de la succession du Premier secrétaire Ousmane Tanor Dieng. D’une part, les instances de direction du parti doivent être renouvelées à travers l’organisation d’un congrès, et d’autre part, Ousmane Tanor Dieng ne peut plus être candidat à une élection présidentielle, car étant né en 1948, il dépassera en 2024, l’âge plafond de 75 ans fixé par la Constitution. C’est ce même phénomène qu’on retrouve dans la plupart des partis politiques sénégalais, où les dirigeants ont tendance à s’accrocher au pouvoir, d’où la récurrence des tensions et scissions liées à la question de la succession. Si les départs et les frondes se multiplient dans ces conditions, le PS va accélérer sa phase de décadence.

Certains estiment que cette crise liée au partage de strapontins est le fruit du compagnonnage entre le PS et BBY lequel, est en train de détourner cet ancien parti au pouvoir de son objectif premier qui est la conquête et la conservation du pouvoir. Qu’en dites-vous ?

Le Parti socialiste a toujours mis en avant depuis 2012 le slogan de la coalition Benno Bokk Yaakaar : «Gagner ensemble et gouverner ensemble». Donc, ce sont les idées d’une collaboration à l’exercice du pouvoir et d’un compagnonnage politique dans le cadre de Benno Bokk Yaakaar qui sont privilégiées. C’est une posture qu’on peut comprendre, d’autant plus que certains parmi ceux qui ont critiqué très durement Ousmane Tanor Dieng pour ce choix pendant plusieurs années, alors même qu’ils étaient encore dans le Parti socialiste, ont fini par s’aligner sur sa position, de la manière la plus inattendue. Mais, il faut remarquer aussi que l’option du Président Sall a été de s’appuyer d’abord sur ses alliés, au début de son accession au pouvoir, car son parti politique, l’APR, n’était pas encore suffisamment fort. Mais, la stratégie présidentielle a évolué, car, au fur et à mesure de l’évolution politique et des échéances électorales, le Président Sall a renforcé son parti, tout en réussissant à fidéliser les membres de sa coalition. Or, en travaillant pour les intérêts et ambitions de pouvoir du Président Sall, le Parti socialiste, un partenaire privilégié, s’éloigne aussi de sa capacité à reconstruire un pôle autour des valeurs socialistes pour constituer une alternative.

À votre avis, quel risque encourt le Ps aujourd’hui ?

Le Ps risque de sombrer dans une profonde léthargie pour plusieurs raisons. Car, c’est certes, ce parti qui a conduit le pays à l’indépendance, qui a construit les bases de l’État et a beaucoup travaillé à la consolidation de la Nation ; mais il est aussi le principal responsable de la faillite économique du pays au début des années 1980, et des lourdes conséquences sociales des politiques d’austérité liées à l’ajustement structurel. Les régimes libéraux qui se sont succédé, précisément ceux du Président Wade et du Président Sall ont brillé par les nombreuses réalisations effectuées notamment dans le domaine des infrastructures. Les libéraux ont donc prouvé une plus grande efficacité dans la gestion des questions économiques, même si cela s’accompagne d’une gouvernance ténébreuse, très marquée par la corruption et la remise en cause des acquis démocratiques. Au demeurant, les performances des régimes libéraux ont mis en évidence les limites des socialistes.  Cependant, une option autre que le compagnonnage pouvait être envisagée, celle de travailler dans la durée sur la base de l’expérience et des forces du Parti socialiste, c’est-à-dire le sens de l’État, notamment la préservation du mythe des institutions et la capacité à gérer harmonieusement la diversité ; de mettre l’accent sur les valeurs, la consolidation de la démocratie et de l’État de droit. Tout cela autour d’un projet économique pertinent, pour s’inscrire dans une perspective de reconquête du pouvoir. Mais, pour le moment, ce n’est pas cette option qui est envisagée. Quoi qu’il en soit, si le PS ne gère pas la question de la succession à la direction du parti avec une stratégie efficace et un programme politique pertinent, en dehors de Benno Bokk Yaakaar, il risque d’être de plus en plus affaibli, parce que noyée dans cette coalition. (Sud Quotidien)

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