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L’affaire de l’Institut Sainte Jeanne d’Arc : un cas d’école de gestion de conflit dans la vie scolaire

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voile ecole
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Il ne s’agit point de participer à la polémique sur cette affaire, mais d’apporter le point de vue d’inspecteur de l’enseignement moyen et secondaire (IEMS), spécialiste des établissements et de la vie scolaire (EVS). En effet, comment un fait de vie scolaire ordinaire et normal dans un établissement, a pu déborder pour occuper l’actualité avec des débats mal engagés ? Comment prendre un tel dysfonctionnement dans un système aussi organisé que l’Education nationale ? Quelles leçons en tirer ?

Selon les informations concordantes, un établissement a jugé nécessaire de réactualiser son règlement intérieur (RI) pour la rentrée académique 2019/2020. L’objectif étant de renforcer le Vivre ensemble dans l’espace scolaire. Des parents d’élèves y voient un ostracisme religieux. L’inspection d’académie saisie de la question, aurait penché du côté des plaignants. La presse s’en fait l’écho. Le Ministère de l’éducation nationale sort un communiqué pour rappeler le caractère laïc de l’Ecole qui a été compris par certains, comme une mise en garde contre les autorités de l’établissement en question.

Il est important de rappeler que le RI est le cadre organisationnel de la vie scolaire, une source fondamentale du projet éducatif de tout établissement. Sous ce rapport, il est le garant de l’apprentissage et du vécu du Vivre ensemble à l’Ecole, pour assumer et assurer sa mission de citoyens capables de relever les complexes défis du développement du 21ème siècle. C’est pourquoi, il doit être réactualisé, de manière participative et inclusive tous les deux ou trois ans, afin de s’adapter aux exigences du moment. Dès, l’ISJA est dans son rôle.

Premier paradoxe : l’affaire est encore au stade de projet, donc la vie scolaire continue son  rythme avec les dysfonctionnements constatés, jusqu’à la fin de l’année. Donc il n’y a pas urgence en la matière et il était possible de faire du temps un allié en lui donnant son temps.

Deuxième paradoxe : l’absence apparente de médiation. L’autorité académique a-t-elle été informée du problème par voie officielle ou de manière informelle ? Dans tous les cas,  il aurait été plus judicieux de réunir tous les éléments d’information auprès de l’établissement, en mettant à contribution les IEMS notamment  spécialistes des EVS. Sur cette base et compte tenu de la sensibilité de la question, adresser une correspondance ou au besoin un rapport au MEN via la DEMSG (Directrice de l’enseignement moyen secondaire général). S’il s’avère nécessaire, le MEN, par le dialogue institutionnel pourrait aplanir les angles.

Troisième paradoxe qui découle du précédent : absence d’arbitrage. Dès l’instant que l’autorité qui doit arbitrer semble avoir pris position, l’on se trouve devant une impasse. La nature ayant horreur du vide, l’opinion publique a tenté comme d’habitude se positionner en arbitre. Bonjour les dégât !

Trois enseignements majeurs sont à prendre en compte dans ce conflit.

  • La banalisation du RI dans nos établissements : malgré le travail remarquable qui a été fait en son temps par la DEMSG, avec l’appui des IEMS-EVS pour mettre à la disposition des établissements un canevas de d’élaboration de RI, celui-ci continue d’être un catalogue d’interdits aux élèves. Comment dans ces conditions promouvoir efficacement la citoyenneté à l’Ecole à travers le Vivre ensemble ? il est temps de donner au RI sa véritable dimension dans la vie de nos établissements.
  • La banalisation de la fonction des IEMS à l’image de la vie scolaire. Depuis 2012, il y a un processus de leur dépérissement et un ministre se serait même demandé ce qu’ils servent. Personne ne pense à eux malgré la persistance chronique des crises qui secouent les sous-secteurs du Moyen et du Secondaire. Ce n’est pas un hasard s’il y a une sorte de dérèglementation généralisée dans le fonctionnement des collèges et lycées.
  • Le défaut d’arbitrage : incontestablement, il explique pour l’essentiel cette « montée des périls ». Dans un système aussi hiérarchisé que l’éducation nationale, quelle que soit l’échelle du conflit, il y a une autorité qui doit assurer l’arbitrage. C’est tout le sens de ce qui est appelé dialogue technique, politique et participatif.  Oui, le pilotage se fait par et dans les structures.

Alassane Allou MBENGUE, IEMS-EVS, Ex- Secrétaire général de l’académie de Matam  à la retraite.

Les faits

Les dysfonctionnements : absence d’arbitrage

La disproportion des échelles : d’un élément de la vie scolaire à une problématique sociétale

Réformer notre manière de penser l’Ecole

 

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