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«Jean-Baptiste COLBERT (1665-1746) et son Code Noir réifiant le corps des esclaves» par Amadou Bal BA

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Colbert
Colbert

Faut-il déboulonner les statues des esclavagistes et des colonialistes ?

Le débat fait rage au Sénégal et à Lille, autour de la statue de Léon FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal, et à Paris, en ce qui concerne Jean-Baptiste COLBERT, initiateur du Code noir, réifiant le corps des Noirs.

Dans ses oxymores, ce fameux «et en même temps», énonçant une affirmation de principe, du bout des lèvres, de lutte contre le racisme et les violences policières, le président MACRON a, tout de suite, fondamentalement, déséquilibré la balance de son discours, en fustigeant le dévoiement du «noble combat», contre le racisme, en «communautarisme», susceptible d’être «récupéré» par des «séparatistes». Lors de ce discours du 15 juin 2020, et avec lui on n’est pas à une contradiction près, le président MACRON s’est, tout de suite, dédit : «La République ne déboulonnera pas de statue» dit le chef de l’Etat, dans son communautarisme assumé, en faveur de l’ethnie dominante.

Il va de soi que si on devait déboulonner toutes les statues des personnalités fortement impliquées dans le racisme, l’esprit esclavagiste et colonialiste, la tâche serait grandiose, mais presque irréalisable. Ainsi, Jules FERRY (1832-1893), artisan de l’école laïque, était fondamentalement colonialiste et raciste. Pour lui, la France avait «le devoir de civiliser les races inférieures». Le Noir est esclave parce qu’il est inférieur et il est inférieur parce qu’il est esclave. Charles-Louis de Secondat de MONTESQUIEU (1689-1755), dans son «Esprit des lois», invoquant la théorie des climats, appliquée au domaine de la philosophie politique, soutenait que l’asservissement des Noirs était une conséquence fâcheuse, mais logique du climat : «aucune curiosité, aucune noblesse d’entreprise, aucun sentiment généreux ; les inclinations y sont passives. La plupart des châtiments y sont moins difficiles à soutenir que l’action de l’âme, et la servitude moins insupportable que la force d’esprit» écrit-il. On est particulièrement surpris par les déclarations, franchement racistes, de certains hommes politiques, pourtant considérés comme humanistes. Ainsi, Victor HUGO (1802-1885), républicain, défenseurs des faibles et des misérables, n’avait-il pas soutenu : «L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Au dix-neuvième siècle, le Blanc a fait du Noir un homme. Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l’Afrique à l’Europe» dit-il dans son discours sur l’Afrique du 18 mai 1879. Un message colonialiste qui inspirera Nicolas SARKOZY, dans ses obsessions identitaires et sa hiérarchisation des cultures. S’il avait fini par devenir dreyfusard et humaniste historique, Jean JAURES (1859-1914) avait dit que si les juifs ne sont pas seuls à spéculer, à accumuler, à monopoliser. JAURES a évoqué, dans son discours au Tivoli en 1898, cette race juive «toujours dévorée par une sorte de fièvre, par la fièvre du gain».

Code noir
Code noir

De nos jours, c’est quand même un président de gauche, François HOLLANDE, qui a été à la base d’un projet de loi que les Vichystes n’auraient pas renié, sur la déchéance de la nationalité. Tout le monde connaît maintenant les importantes déclarations du président Jacques CHIRAC (1932-2019) en faveur du climat et du bien-vivre ensemble, mais l’homme du Musée Quai Branly avait aussi parlé du «Bruit et les odeurs» des immigrés à Paris. Michel ROCARD (1930-2016), pourtant un tiers-monde et artisan de la Deuxième gauche avait dit, sur FR3, le 7 février 1990, que l’Europe ne pouvait pas accueillir toute la «misère du monde». Le président MACRON, dans la continuité de cet esprit Vichyste, a appelé, le 8 octobre 2019, à «lutter contre l’hydre-islamiste» en d’une «société de vigilance», à «repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, les petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République», incitant ainsi l’ethnie dominante à la délation et au lynchage des racisés. Par conséquent, la tâche est immense et lourde, dans cette lutte contre cet esprit colonialiste, esclavagiste, ce racisme institutionnel et systémique, que l’on tente, par tous les moyens, de nier. Mais les faits sont têtus : «ôtez votre genou de notre cou» comme le dirait le révérend AL SHAPRTON.

Pendant que certains se grattent les couilles, s’il faut, ou non, déboulonner les statues des esclavagistes et des colonialiste, Jean-Marc AYRAULT, président de la Fondation a pris clairement position : «On doit regarder en face : notre Histoire. Je suis convaincu qu’on ne peut comprendre ce qui se passe, le racisme anti-noirs, les discriminations réelles et ressenties contre nos compatriotes d’Afrique et d’Outre-mer, en faisant l’impasse sur notre passé colonial, dont l’esclavage fait partie. Les statues ont une dimension symbolique. Colbert, grand ministre de Louis XIV, avait mis en place le Code noir qui parlait des esclaves comme de biens qu’on pouvait vendre» dit, le 13 juin 2020, le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

Il est évident, que Jean-Baptiste COLBERT est un personnage de l’histoire emblématique de la colonisation et de cet esprit encore esclavagiste, plus que jamais vivace de notre temps. Une statue plastronne encore à l’Assemblée nationale et nargue donc la République.

COLBERT ne fut pas seulement l’inventeur d’un État moderne mais aussi l’auteur d’un «Code noir». L’esclavage jette une ombre tragique sur la France des Temps modernes et des Lumières, et sur notre époque, marquée par une lepénisation profonde des esprits, un virus odieux du racisme, infectant une bonne partie des républicains. Jean-Baptiste COLBERT, homme d’art, à la base de la marine française, Ministre des affaires étrangères, créateur de Versailles, était aussi un fieffé colonialiste à travers les Compagnies du Sénégal, des Indes et du Nord, et d’un grave crime contre l’humanité, le Code Noir, une négation de l’individu. Il a légalisé l’esclavage, réifiant ainsi l’homme noir.

La loi Taubira du 21 mai 2001, suivie en cela le 17 juin 2020, par le Parlement européen, a déclaré l’esclavage, crime contre l’humanité. Pourtant, dans leurs démarches négationnistes, certains tentent, becs et ongles, à blanchir cet esclavagiste, installé à l’Assemblée nationale, un des grands symboles de la République, acquittant ainsi, au bénéfice du doute, cette démocratie, plus que jamais, ethnique.

Qu’est-ce que donc le Code Noir ?

Le Code noir, dans sa première version, à l’initiative de COLBERT, datant de 1685, légifère sur la pratique de l’esclavage dans les colonies françaises, jetant ainsi une lumière crue sur la servitude des Noirs. Le vouloir du maître devient la finalité de la chose : «à l’être qui devient ma propriété, je donne une autre âme, je lui donne mon âme» disait Hegel, ce philosophe qui disait que les Africains n’avaient pas d’histoire.

Ce texte réglemente l’administration de la justice, la police, la discipline et le commerce des esclaves. L’article 1er, chasse les Juifs et les ennemis des Chrétiens, des colonies. Toute religion, autre que catholique est interdite dans les colonies antillaises (article 2). Défense est faite aux Protestants de ne pas troubler l’ordre public (article 5). Le concubinage entre un homme libre et une esclave est interdit (article 9).  Au cœur de cet odieux dispositif de servitude plastronne l’article 44 du Code noir déclarant les esclaves «biens meubles» ; cela signifie à ces hommes, dépouillés de leur humanité, l’impossibilité d’avoir un droit de propriété. Tout ce que possède l’esclave, y compris ses enfants, est à son maître ; il ne peut pas témoigner contre son maître ; l’esclave ne peut pas se marier, il est sans droits héréditaires. Le maître a un droit absolu sur l’esclave : le vendre, le donner et le punir (saisie corporelle, mutilations et divers châtiments). Le Code Noir donne la prérogative au maître, pour les marrons, de couper leurs oreilles, de les marquer au fer ou de les punir à mort. Ainsi, les articles 32 à 40 prévoient divers châtiments pour les esclaves : peine de mort pour le vol ou violence le Maître ou un membre de sa famille, troisième délit de fuite, et jarret coupé pour la première fuite et les amendes pour les affranchis libres qui auraient caché des marrons.

Par ailleurs, un esclave ne peut détenir aucune arme offensive, même un bâton, l’attroupement, de jour, comme de nuit, est pour eux interdit. Ils ne peuvent rien vendre et leur alimentation, comme leurs effets vestimentaires, sont rationnés (articles 15 à 26).

«Pour posséder quelque chose, il faut se posséder soi-même» écrit Elisabeth de FONTENAY, dans notes «sur le corps et la propriété privée». Or, notre temps, avec son aveuglement moral, les divers dénis du racisme et de l’esprit esclavagiste, montrent que ce système hypocrite du Code de l’indigénat produit une servitude des racisés, qui ne dit pas son nom. 113 de nos jeunes, dont Bouna et Zied, Lamine DIENG et Adama TRAORE, ont été étouffés à mort, par les forces du désordre, en toute impunité. Pourtant, après l’assassinat de Lamine DIENG, un franco-sénégalais, en 2007, à Paris, un accord amiable a été trouvé, le 14 mai 2020, soit 13 ans, pour une indemnisation de 145 000 €. «Nous avons vécu treize années de combat contre le déni de justice, face à une institution qui nous a systématiquement refusé un procès pour les responsables de la mort de notre fils, frère, oncle», souligne dans un communiqué la famille de la victime, par la voix de sa sœur Ramata DIENG.

Tout ce qu’on dit est faux, seule la parole du Maître compte. Dans ce déni de justice à l’égard des racisés, il nous est demandé d’acquitter Jean-Baptiste COLBERT, un «grand humaniste» ; le racisme et les violences policières à l’égard des racisés, cela n’existerait qu’en Amérique.

On ne lâchera rien, jusqu’à ce que ces forteresses du racisme, de l’esclavage et du colonialisme, soient tombées. Première étape de cette révolte des marrons : le dimanche 28 juin 2020, sanctionnons sévèrement, au deuxième tour des municipales, cette Macronie incitant à une «société de vigilance» et refusant de déboulonner la statue de Colbert.

Paris, le 21 juin 2020 par Amadou Bal BA – http://baamadou.over-blog.fr/

 

 

 

 

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