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De la nécessité de renforcer les capacités de nos forces de l’ordre dans la gestion de crise

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Il est connu de tous que nous avons des forces de l’ordre, police, gendarmerie, douane et autres de proximité, qui ont un grand professionnalisme et une compétence avérée. Le Sénégal a des forces de l’ordre qui ont une grande capacité de déploiement et qui sont bien équipées. Pour preuve la grande prouesse d’avoir pu arrêter et isoler à temps neuf personnes venant du Liberia et infectées du COVID-19 qui voulaient se faufiler à travers les mailles de nos frontières du sud. Combien de milliers de vies ont ainsi été sauvées par les forces de l’ordre en arrêtant ces neuf fugitifs si on connait les capacités de propagation inouïes du COVID-19.
En mettant directement les forces de l’ordre au cœur du dispositif de déploiement des stratégies de distanciation sociale, le gouvernement a certainement assuré une démarche très importante. Cependant, nos forces de l’ordre sont généralement beaucoup plus fortes dans la répression et la punition du fait du niveau encore limité de nos démocraties aussi bien du côté des pouvoirs que du côté de l’opposition et de la société civile.
Le Bras de fer est le principe directeur dans le champ politique en Afrique avec un pouvoir utilisant les forces de l’ordre à merveille comme épouvante et l’opposition et la société civile qui ont élu domicile dans les rues pour faire tanguer les pouvoir en place et ouvrir des brèches pour négocier le re-partage du pouvoir. Cela a résulté à la création et la promotion de forces de l’ordre répressives et punitives, ainsi que leur équipement à outrance en matériel de répression: bombes asphyxiantes, équipements projecteurs d’eau chaudes et autres gaz, “liif” électriques, etc.
L’avènement du COVID-19 a révélé que les forces de l’ordre doivent aussi jouer un rôle primordial dans la gestion des crises surtout lors des pandémies qui sont la nouvelle menace à laquelle l’humanité fait face. Cependant, il est clair comme l’eau de roche que nos braves forces de l’ordre ne sont pas bien préparées à cela.
Tout au début de l’état d’urgence et du couvre-feu, la presse a reporté beaucoup d’exactions et des experts du droit et des droits humains ont pointé plusieurs manquements des forces de l’ordre qui peuvent être qualifiés de non-respect des droits des citoyens. Aussi, dans le monde rural et nos campagnes, la répression utilisée pour arrêter les marchés hebdomadaires et autres foras micro-économiques où les populations rurales trouvent leurs moyens de survie, a montré des limites certaines dans l’approche de nos forces de l’ordre dans la gestion de cette crise.
Répression punitive et gestion de crise sont deux aspects différents que les forces de l’ordre devront intégrer dans cette nouvelle situation.
Le Sénégal a joué un grand rôle en Afrique et dans le monde dans la gestion de crises postes électorales ou post-conflits dans des initiatives de stabilisation variées. L’Etat devra mobiliser les experts militaires et paramilitaires, et autres experts de crise qui ont eu cette expérience pour renforcer les capacités de nos forces de l’ordre dans la gestion de cette pandémie.
Tout le monde a vu circuler une analyse prospective de services de renseignement en Europe qui prédit des émeutes qui vont résulter du couple vulnérabilité économique des pays pauvres et mauvaise gestion de la pandémie par les gouvernements. Nous devront porter une grande attention à cette analyse. Ici, nous devrons assurer que le biais professionnel des forces de l’ordre dans l’utilisation de la répression punitive en lieu et place de la gestion de crise, ne produise des effets pervers qui mèneraient vers des émeutes de la faim.
La gestion de crise nécessite beaucoup de soutien et de l’implication de psychologues et d’économistes. Les populations devront être encadrées et éduquées, non réprimées. Les mises en garde pour le respect strict des mesures de distanciation sociale devront prendre des formes plus softs sous forme d’encadrement et d’éducation plutôt que la répression punitive.
L’expertise existe dans l’armée, les services paramilitaires et la société civile qui ont une grande expérience dans la gestion de la stabilisation post-conflits en Afrique et dans le monde. Le gouvernement devra mettre cela en valeur pour renforcer les capacités des forces de l’ordre et éviter d’éveiller le mécontentement de la population notamment les plus vulnérables, ce qui conduirait certainement à des émeutes de la faim ingérables.
Par Dr Abdourahmane BA, Spécialiste en Suivi-Evaluation et Management des programmes de Développement

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