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Conseil de sécurité sur la RCA : Allocution de M. Mankeur Ndiaye, Représentant Spécial du Secrétaire Général et Chef de la MINUSCA

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Notre compatriote, M. Mankeur Ndiaye, Représentant Spécial du Secrétaire Général et Chef de la MINUSCA, a prononcé une belle allocution, à l’occasion de la Présentation du Rapport du Secrétaire Général des Nations Unies au Conseil de Sécurité sur la situation en RCA. C’était le 19 octobre 2020. Lisez…

 

« Monsieur le Président,

Honorables membres du Conseil de sécurité,

 

  1. Je suis heureux de vous présenter le rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine (RCA) à la veille de vos délibérations sur le renouvellement du mandat de la MINUSCA. Comme vous le savez, la présentation de ce Rapport intervient à un moment crucial pour les Centrafricaines et Centrafricains qui éliront leur Président et leurs députés dans un peu plus de deux mois. Il s’agit là d’une occasion unique pour capitaliser sur les acquis démocratiques des élections de 2015, consolider l’ordre constitutionnel et poursuivre l’œuvre de stabilisation du pays.

 

 

Monsieur le Président,

  1. Vingt (20) mois après la signature de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (APPR-RCA) entre le Gouvernement et 14 groupes armés, des progrès notables continuent d’être réalisés, en particulier en termes de réforme politique, de restauration de l’autorité de l’Etat et de justice transitionnelle. L’Accord permet d’offrir un cadre stratégique favorisant un environnement plus protecteur pour la population, tant d’un point de vue de sa sécurité physique qu’au regard de l’exercice de ses droits, notamment civiques et politiques.
  2.  Depuis 2019, la MINUSCA et les partenaires internationaux de la RCA ont accompagné les parties prenantes dans la rédaction d’un Code Electoral. Aujourd’hui, la Centrafrique dispose d’un fichier électoral fiable et informatisé qui a été établi malgré la crise sanitaire et les nombreux défis techniques, opérationnels et sécuritaires. La MINUSCA continue à travailler pour s’assurer que tous les segments de la société centrafricaine puissent participer à ces élections dans la paix et la sérénité. Dans cet esprit, nous avions mené un plaidoyer pour encourager la participation des réfugiés au processus électoral. Tout en prenant note des défis soulevés par le Gouvernement nous continuons à encourager les autorités nationales et les pays voisins – avec le soutien de la communauté internationale – à poursuivre les efforts visant à créer les conditions favorables au retour volontaire et digne des réfugiés, tout en assurant leur pleine participation dans la vie socio-économique et politique du pays.

Honorables Membres du Conseil,

  1. A ce jour, l’Autorité Nationale des Elections dispose d’un fichier électoral d’1 859 890 électeurs centrafricains des 16 préfectures du pays et de la diaspora dans 13 pays. Je me réjouis que le seuil d’inscription des femmes ait atteint 46%. Avec la publication de la liste électorale le 14 octobre et la convocation prévue du corps électoral le 28 octobre, la Centrafrique est en marche assurée vers la tenue d’élections dont le succès requiert l’engagement de tous les acteurs et le respect de l’autorité de la Cour Constitutionnelle, juge des élections. Nous invitons ainsi les acteurs politiques, les media et autres leaders d’opinion à s’abstenir de toute campagne de désinformation ou message de stigmatisation qui seront documentés par la MINUSCA et soumis à l’appréciation du Conseil.
  2. De manière concertée et coordonnée avec toute la communauté internationale, la MINUSCA est déterminée à faciliter la tenue des trois importants scrutins à venir. J’invite les Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies à appuyer la République centrafricaine pour combler le déficit financier : il manque encore environ quatre millions de dollars au Basket-fund géré par le PNUD pour les élections présidentielles et législatives, et près de 17,7 millions pour l’ensemble des élections, y compris les locales prévues en 2021. Les élections locales seront déterminantes pour le développement de la gouvernance locale, la restauration effective de l’autorité de l’Etat, l’avènement de la décentralisation et le rétablissement du contrat social entre l’Etat et ses administrés. Elles permettront notamment de donner un élan au transfert progressif de responsabilités à l’Etat centrafricain.

 

Monsieur le Président,

  1. La situation politique reste tendue. A ce jour, nous enregistrons seize candidats à la présidence de la République, dont trois femmes et le Président sortant. Le premier tour du scrutin est prévu le 27 décembre 2020. Certains candidats mettent en doute la viabilité de l’Accord de paix et se proposent même de le renégocier s’ils étaient élus. La principale coalition de l’opposition a récemment saisi les mécanismes régionaux pour contester la légalité de la réforme législative adoptant des dispositions dérogatoires au Code électoral. Toutefois, ces tensions n’ont pas compromis la possibilité d’organiser les élections dans le respect du calendrier constitutionnel. Il nous faut faire davantage pour encourager tous les candidats à adhérer à un Code de Bonne Conduite pour assurer la sérénité du scrutin pour une campagne électorale apaisée et le renforcement de la confiance entre tous les acteurs politiques et pour la préservation de l’accord de paix.
  2. J’appelle les parties prenantes à considérer les prochaines élections comme une occasion de consolider le processus démocratique et de transformer politiquement la crise que le pays traverse en vue de solutions durables. Je continue à encourager le dialogue politique à travers mes bons offices pour soutenir la création d’un environnement propice à la tenue d’élections inclusives, libres, justes, transparentes, crédibles et pacifiques en engageant la communauté internationale, y compris le G5+ et les acteurs centrafricains à Bangui. Le soutien coordonné et continu des partenaires internationaux aux parties prenantes sera déterminant dans le succès des élections présidentielles et législatives,

Honorables membres du Conseil,

  1. Le chemin vers la paix est long et sinueux. Par une posture robuste et dissuasive, la MINUSCA a pu user de la force pour ouvrir aux garants de l’Accord de Paix, l’Union Africaine et la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale, un espace de dialogue qui a permis la relance des inscriptions sur la liste électorale dans la région Nord-Ouest du pays. Bien que significatifs, les progrès dans le DDR avec 2094 ex combattants désarmés et démobilisés, la mise en place à l’Ouest de deux Unités Spéciales Mixtes de Sécurité pour un total de 562 éléments et le redéploiement des forces de défense et de sécurité sont réconfortants en ce qu’ils constituent les premières étapes vers la dissolution des groupes armés conformément aux exigences de l’Accord de paix. Il nous faudra en accélérer le rythme pour mieux en optimiser l’impact positif sur la paix et la stabilité.
  2. La MINUSCA continue à soutenir le Gouvernement dans la mise en œuvre de sa stratégie de restauration de l’autorité de l’État, notamment en facilitant le déploiement des autorités locales et en renforçant leurs capacités. Récemment, leur présence a permis aux autorités locales d’accroître leur rôle dans la prévention de la COVID-19, la résolution des conflits locaux, y compris ceux liés à la transhumance. L’appui de la Mission dans le séquençage de ce déploiement permet d’accompagner le retour progressif et durable des autorités locales pour servir les populations et leur fournir les services sociaux de base auxquels ils ont légitimement droit. Je me réjouis également de l’installation de la nouvelle Mission du Conseil de l’Union Européenne en RCA (EUAM) pour soutenir la réforme du secteur de la sécurité du pays qui renforcera le travail de la MINUSCA et des partenaires bilatéraux comme la France, la Russie, les Etats-Unis et la Chine. C’est le lieu d’encourager le Gouvernement centrafricain et tous les partenaires dans la Réforme du Secteur de la Sécurité à investir davantage et de manière concertée dans le contrôle démocratique et la gouvernance des forces de défense et de sécurité qui sont des facteurs de cohésion nationale.
  3. Nous devons continuer à soutenir la lutte contre l’impunité, la réforme de la justice, le déploiement de la chaîne pénale, le renforcement des services judiciaires et la démilitarisation du système pénitentiaire. A ce titre, il nous incombe de continuer à donner un soutien technique et financier à la Cour Pénale Spéciale. La volonté du Gouvernement de promouvoir la justice transitionnelle passe aussi par l’opérationnalisation de la Commission Vérité, Justice, Réparations et Réconciliation qui joue un rôle critique dans la réconciliation nationale, en ce qu’elle concrétise l’aspiration légitimes des victimes à la justice, à la vérité et à la réparation.
  4. La prédominance des élections et des activités politiques ne doit pas faire oublier l’urgence humanitaire dans le pays, dont la pandémie de COVID-19 qui a exacerbé les vulnérabilités socio-économiques du pays. Il s’agit ici de prendre en compte l’augmentation des besoins de la population et d’apporter le soutien nécessaire aux partenaires humanitaires qui fournissent une assistance vitale à plus de 1,3 millions de personnes chaque mois. Je condamne avec la plus grande fermeté les attaques contre les travailleurs humanitaires. Elles sont d’autant plus inacceptables qu’elles ont pour effet d’aggraver la situation des populations dans le besoin. Au vu de l’augmentation de ces attaques, la MINUSCA continuera de prendre toutes mesures utiles afin de protéger non seulement les civils, mais aussi les infrastructures civiles et les travailleurs humanitaires. Ceci est essentiel pour favoriser la création de conditions favorables à un accès sans entrave à l’assistance humanitaire, y compris dans les zones les plus reculées. J’en appelle à la générosité des bailleurs de fonds pour continuer à financer le Plan de Réponse Humanitaire de 2020.
  5. Nous devons permettre l’expression du peuple par les urnes. Malgré la fragilité, dans certaines régions, de la situation sécuritaire, des résultats encourageants ont été obtenus entre autres grâce à l’opération militaire lancée par la MINUSCA. Un casque bleu a perdu la vie le13 juillet ; Ce crime ne restera pas impuni et devrait faire l’objet d’enquête par la justice centrafricaine dans la célérité. Je profite de cette occasion pour rendre un vibrant hommage aux soldats de la paix qui ont perdu la vie au service de la paix. Les besoins restent immenses face au défi sécuritaire, notamment pour faire face au danger de l’émergence de mines terrestres, justement dans l’Ouest du pays. Avec la signature du Plan Intégré de Sécurité des Elections par le Premier Ministre le 2 octobre, le Gouvernement et la MINUSCA se sont dotés d’une démarche harmonisée de sécurisation de tout le processus électoral sur toute l’étendue du territoire.
  6. Je tiens à saluer la clairvoyance du Conseil en assignant à la MINUSCA un mandat électoral robuste avec des ressources adéquates qui nous permettent d’accompagner efficacement les élections présidentielles et législatives. Il est aujourd’hui plus que recommandé que ce même mandat soit étendu aux élections locales qui ne se sont pas tenues depuis 1988. Celles-ci sont indispensables pour la démocratie à la base, la gouvernance locale ainsi que le développement des collectivités territoriales.

Monsieur le Président,

Honorable membres du Conseil de sécurité,

 

  1. Malgré la pandémie qui a impacté négativement sur nos opérations, la MINUSCA a continué à mettre en œuvre son mandat. Nous n’avons à l’heure actuelle que quatre (4) cas actifs, dont deux civils et deux militaires, au sein de la Mission et des mesures évolutives ont été mises en place pour protéger le personnel et éviter toute transmission dans nos locaux ou à la population. Le 30 septembre, tout notre personnel est retourné en poste. De fait, la MINUSCA peut continuer son soutien aux autorités dans la lutte contre la COVID-19, par le biais notamment d’un appui logistique et matériel. Face à la crise sanitaire, nous avons également adapté la conduite de nos activités mandatées par le Conseil.
  2. J’aimerais conclure en remerciant le Président de la République, Son Excellence Monsieur Faustin-Archange Touadera, le Premier Ministre et l’ensemble des membres du Gouvernement pour les efforts consentis dans la mise en œuvre de l’APPR-RCA. Je salue la contribution des partenaires techniques et financiers de la RCA. Je me félicite du travail de qualité mené par le G5+, un cadre de concertation qui regroupe en plus des Nations Unies, les Etats-Unis, la France, la Russie, l’Union Africaine, l’Union Européenne et la Banque Mondiale. Le soutien de la sous-région a démontré son efficacité et sa complémentarité avec les activités de la Mission. La visite à venir en République centrafricaine, du 27 au 30 octobre 2020, du Commissaire à la paix de l’Union africaine, Smaïl Chergui, et du Président de la Commission de la Communauté Economique des États d’Afrique centrale (CEEAC), Gilberto Verissimo et du Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix qui a invité l’Union Européenne à s’y joindre, est fort attendue. Elle contribuera, j’en suis sûr, à sensibiliser tous les acteurs politiques et sociaux sur la nécessité de la création d’un environnement de paix et de sérénité propice au bon déroulement des élections présidentielle et législatives. Je sais que le peuple centrafricain pourra, comme par le passé, compter sur le soutien unanime renouvelé du Conseil de sécurité.

Je vous remercie”.

 

 

 

 

 

 

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