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Chocs de la crise du Covid 19, le Sénégal et l’Afrique face à leur destin !

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Youssou Diallo(1)
Youssou Diallo(1)
La crise du Covid 19 n’est pas seulement une  crise internationale,c’est aussi et surtout, une crise globale,mondiale.
Elle est mondiale et totale parce qu’elle touche tous les pays sans exception et n’épargne aucun domaine de l’activité humaine.
Une crise mondiale totale.
On ne s’en rend pas beaucoup compte,la crise du Covid 19,en plus d’être une crise sanitaire et sociale,est une crise de civilisation.
L’Homme, cet  « animal social » par excellence,qui n’est pas » une abstraction inhérente à l’individu isolé « (K. Marx), en est réduit au confinement,aux gestes barrières,au port de masques,à la distanciation sociale.
Les libertés d’aller, de venir, de réunion, d’expression, de manifestation, sont fortement limitées par les Etats d’urgence et mesures d’exception.
Un nouveau totalitarisme ?
Aucun pays n’est épargné, ni non plus aucun continent.Aucune société, ni capitaliste, ni socialiste, ni émergent.Aucun système social,idéologique ou spirituel.
Aucun secteur de l’économie,ni aucun segment de la société n’est en reste face aux impacts de la pandémie.
C’est à se demander si la crise du Covid 19 n’est pas l’annonce du début de la Grande peur,du Grand Chaos,de la Fin des fins!
Et pourtant,le Covid 19 a de très loin moins tué de personnes que les deux guerres mondiales,la peste,la grippe espagnole et même certains conflits très localisés en Afrique.
Toutes les économies,sans exception,sont en récession,la Chine,les Usa,l’Afrique après 20 ans de croissance régulière et forte.
Plus de 30 millions de chômeurs recensés,en un mois déjà aux USA,plus de 20 millions projetés en Afrique cette année selon le Président de l’UA.
La distribution de kits alimentaires pour sauver des vies de personnes n’est plus uniquement l’apanage des pays pauvres,c’est aussi le cas dans les pays dits riches où des pans entiers des couches sociales moyennes tombent brutalement dans la précarité et la pauvreté.
Des déficits publiques abyssaux sont notés dans tous les pays,riches comme pauvres.
Toutes les techniques économiques,monétaires et financières  y passent,planche à billets,emprunts sur les marchés financiers, DTS auprès du FMI,prêts et dons de la BM, aides bilatérales etc.etc.
Pour l’ONG Oxfam plus de 500 millions de personnes (1/2 millards) vont tomber dans la pauvreté avec la crise du Covid 19 d’ici un an.
Le capitalisme d’obédience libérale,dont l’entreprise privée,centre de décision autonome,est le moteur,cède la place à un capitalisme d’Etat,dont l’objectif est d’empêcher l’effondrement d’un système surpris et fortement fragilisé.
L’impact négatif du Covid 19 est certainement plus économique,budgétaire,financier,social que sanitaire.
Plus que celui de la crise de 1929 et de 2008 avec les subprimes !
Toutes les crises internationales précédentes n’avaient pas fondamentalement remis en questions les fondements du système capitaliste mondialisé.
Fondements qui sont :
   -la recherche de l’intérêt personnel et du profit moteurs de création de la richesse des nations ( la main invisible de Adam Smith);
    -la division internationale du travail sur la base des avantages comparatifs et compétitifs et les délocalisations qui visent à minimiser les effet de la loi sur la baisse tendancielle du taux de profit.
La domination hégémonique du monde par les USA,consacrée par le système de Bretton  Wood’s hérité de la Seconde guerre mondiale est fortement remise en question.
En dépit de la capacité prodigieuse d’adaptation,de renouvellement et d’ajustement du système capitaliste,on assiste à des remises en cause,non seulement de ses fondements par le réel ,mais aussi,sa contestation assez forte,par des courants réformistes issus de ses propres rangs,conceptualisées sous des vocables comme l’économie solidaire et l’économie durable,l’économie humaine,l’économie de la vie et que sais je encore!
Même si militairement et technologiquement, les USA sont la première puissance mondiale et de loin, il est manifeste aujourd’hui, qu’ils ne le sont plus sur le plan financier et commercial.
La chine, devenue l’atelier industriel du monde en est aussi la première puissance financière et commerciale.
Avec la décadence économique de l’Europe occidentale qui se poursuit, on s’achemine,selon toute vraisemblance,vers une nouvelle redistribution des cartes pour la première place mondiale, probablement entre les USA et la Chine.
L’Europe Occidentale, le Japon et la Russie jouant les seconds rôles.
La mondialisation fondée sur le libéralisme commercial et les délocalisations, est fortement secouée par les poussées nationalistes,souverainistes et populistes.On restaure un peu partout, les Etats nations,les barrières douanières,les politiques anti-migratoires sont durcies dans les grands pays industrialisés; le Brexit, l’avènement de D. Trump et de Bolsonaro conforte cette tendance.
L’élargissement et l’approfondissement des inégalités sociales dans les pays du Nord,les mouvements sociaux et populaires (des gilets jaunes en France),se multiplient.
Avec comme conséquences un fort renouveau du nationalisme et du protectionnisme économiques.
La crise du Covid 19 a non seulement accéléré la crise du système socio-économique dominant,mais a révélé ses limites fondamentales et son talon d’Achille,par son inefficacité et son incapacité à mettre en place des dispositifs sanitaires et sociaux à même de répondre efficacement et durablement aux chocs de la pandémie .
Impacts négatifs de la crise du Covid 19 sur le Sénégal.
Où en est le Sénégal avec cette crise du Covid 19 ?quelles réponses à apporter à cette crise multiforme au Sénégal ?
A notre humble avis,l’impact négatif du choc du Covid 19 sera plus important au Sénégal que dans les autres pays de l’UEMOA au plan économique et social,cela,en dépit de l’excellente gestion par le Gouvernement du Président Macky Sall avec le PRÈS et la Force Covid 19 de 1000 milliards Fcfa.
Cet impact négatif tient à des facteurs structurels liés à la configuration de notre économie nationale,notamment à son ouverture  sur le reste du monde,ses moteurs de croissance,la structure de notre PIB,l’importance du secteur des services et de l’informel.
L’économie sénégalaise très ouverte sur le  Reste du Monde,est tirée par les moteurs que sont les infrastructures, les BTP, les services( tourisme, banques finances, assurances,transports,commerce…) les mines, l’énergie, la pêche, l’agriculture.
La structure de notre PIB révèle que l’agriculture au sens large, représente environs entre 15 et 17 %, l’industrie 20%, quasiment 55 % pour les services.
Un peu partout dans le monde ,la réalité révèle que la Crise du Covid 19 est avant tout celle du secteur des services et de l’informel.
En conséquence, le Sénégal a de fortes chances, malheureusement,d’être plus impacté, si la crise se poursuit dans les mêmes conditions,que les autres pays de l’Uemoa.
Les  transferts unilatéraux ou envois des immigrés, qui tournent en moyenne annuellement entre 1000 à 1500 milliards, plus de 10% du PIB, sont très fortement réduits a entraînant une paupérisation des familles touchées.
L’investissement public qui représente 7,1% du PIB et 10% des dépenses publiques,tire la croissance après l’investissement privé 17 à 18 % du PIB.La baisse drastique des recettes fiscales et douanières aura comme conséquences la réduction des dépenses  et l’investissements publics.
La chute des cours du pétrole et du gaz assombrit,momentanément,les perspectives à moyen terme de rentabilité dans ce secteur et entraîne de facto,la révision à la baisse des projections des partenaires investisseurs du Sénégal.
L’importance du secteur informel dans l’économie nationale n’est plus à démontrer,il représente plus de 97 % des entreprises dénombrées.L’informel c’est au moins entre 40 et 60% du pib et plus de 80 % de l’emploi .
Selon le Dg de l’Adpme,sur la base d’un sondage récent auprès de 800 entreprises,les 65% des responsables d’entreprises visitées disent être très négativement impactées tandis que 40 % déclarent être à l’arrêt.
Dans une estimation datant du mois d’avril, le Président Macky Sall parle de 3% de baisse du taux de croissance projeté en fin 2020,mais ça risque de faire plus.
En plus d’être une catastrophe sanitaire et sociale,la crise du Covid est le choc à impact négatif le plus important,subi par notre pays depuis l’indépendance;plus que les cycles de sécheresse des années 70 et 80 qui ont conduit aux plans d’ajustements structurels.
En raison de tout ce qui vient d’être développé,le Sénégal a objectivement plus intérêt à déconfiner rapidement que les autres pays de l’Uemoa.
 Sur un autre plan,on a une impression supposée ou réelle,d’une minimisation au Sénégal des impacts négatifs de la crise du Covid 19 sur l’économie,aussi bien au niveau des décideurs politiques  que de l’opinion publique.On ne semble pas prendre à sa juste mesure l’ampleur de ce choc sur notre futur immédiat.
Le réveil risque malheureusement,d’être brutal et très désagréable,si rien n’est fait et surtout anticipé.
Quelles perspectives pour le Sénégal et l’Afrique
Les perspectives de l’après Covid19 se déclinent en quelques pistes  que nous tenterons d’explorer:
1-La Poursuite de la gestion sanitaire rigoureuse et adaptée du Covid 19, comme cela a été le cas jusqu’ici,en consolidant les acquis,en articulant harmonieusement,les conseils des scientifiques avec les impératifs de poursuite des activités socio-économiques vitales;le maintient des mesures barrières,de la distanciation sociale,le port généralisé du masque,la levée progressive,prudente et efficace des mesures de confinement;
2-La Réflexion urgente,inclusive et approfondie sur les impacts négatifs du Covid 19 à court,moyen et long termes,aux plans économique,financier et social;
3-la redéfinition des orientations et priorités d’un plan d’ajustement et relance du PSE se fondant sur ses axes majeurs et prenant en compte les nouvelles demandes et besoins du peuple induits par le choc du Covid 19.
Concernant enfin la dette africaine, de 16,5 milliards de dollars en 1960 elle est passée à 365 milliards de dollars en 2020,dont 40 % contractés auprès de la Chine.Elle est énorme au regard des moyens budgétaires de nos pays,mais une goutte d’eau dans la mer des moyens faramineux dégagés dans la mise en œuvre des Plans de relance des USA,de l’UE,du Japon et de la Chine.
Le G20 et les Institutions multilatérales ont tellement compris le danger d’une incapacité à rembourser la dette par nos pays sur l’économie mondiale,qu’il a tout de suite suspendu son paiement sur un an.
C’est bien,un bon signal mais c’est manifestement insuffisant!
La nécessité d’un Plan Marshall après Covid 19 pour l’Afrique sous la forme d’un Plan de soutien à la relance accélérée de la croissance,est plus qu’une nécessité, c’est une urgence de survie pour nos économies.
L’accélération de la relance des économies africaines,dont la croissance est fondamentale à la reprise globale de l’économie mondiale,tant du point de vue de l’offre que de la demande,nécessite un accompagnement fort des pays du G20 et des Institutions multilatérales de développement.
Aucun pays africain isolé et laissé à lui même ne pourra se sortir durablement de la crise post covid19.
Ce n’est pas une question de vanité et d’amour propre faussement patriotique,mais un réalisme primaire,un réflexe de survie dictés par les circonstances !
Il faut non seulement de nouvelles politiques économiques et sociales vertueuses dans nos pays respectifs,mais aussi,l’élaboration de nouvelles stratégies de mutualisation solidaires de certaines politiques et
ressources à l’échelon continental.
L’Afrique mérite d’être fortement appuyé par la communauté internationale,en particulier dans le traitement de la question de la dette commerciale,multilatérale et bilatérale(dette publique).
A notre sens sur la question de la dette,trois options peuvent s’offrir à nos pays :
1-annulation totale et immédiate de toutes les dettes privée et publique.Ce serait le scénario idéal pour nos pays;
2-annulation de la dette publique et multilatérale et moratoire d’au moins 5 ans sur les intérêts de la dette commerciale ;
3-annulation de la dette publique,allègement et moratoire sur les intérêts de la dette commerciale.
Pour remporter ce combat difficile sur la dette,nos dirigeants nationaux doivent pour certains,abandonner les attitudes égoïstes,irréalistes et à courte vue et développer avec leurs pairs,des initiatives lucides et réalistes sur cette question qui est plus qu’urgente pour l’avenir du continent africain.
Youssou Diallo, Énarque,Économiste, Président du Club Sénégal Émergent,PCA de Sonacos sa.

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