Aubervilliers : « J’ai traversé la Méditerranée… mais je n’ai pas trouvé...

Aubervilliers : « J’ai traversé la Méditerranée… mais je n’ai pas trouvé l’Eldorado »

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Comme 70 migrants, Soumahoro vit dans un squat à Aubervilliers. Samedi, l’association Assid a organisé une fête pour braquer les projecteurs sur leurs conditions de vie.

Sur un réchaud posé à même le sol, une marmite de mafé − une spécialité africaine au poulet − mijote tranquillement. Dans cet immeuble de la rue du Colonel-Fabien, à Aubervilliers, squatté depuis 2013, les fenêtres n’ont plus de vitres. Partout, la saleté.

Pourtant, ce samedi après-midi, on essaie de faire la fête. C’est l’anniversaire de Vakaba Touré, fondateur de l’association Assid (Association des sympathisants solidaires des Ivoiriens de la diaspora), qui accompagne les 90 squatteurs, la plupart d’origine ivoirienne.

« C’est le moyen de braquer les projecteurs sur les conditions de vie de ces migrants, bien différentes des fantasmes qui ont cours en Afrique, résume l’homme. Le rôle de l’association, c’est d’aider les Africains qui sont ici. Mais surtout, de faire parvenir, en Côte d’Ivoire, des images de la vie dans ce squat, pour faire comprendre que la France n’est pas le paradis qu’ils imaginent ! »

Parmi ceux qui survivent dans ce cloaque, il y a Soumahoro, 31 ans. Épaules larges et regard las, l’homme a quitté Daloa (Côte d’Ivoire) en avril 2015. « Je voulais changer de vie. Là-bas, j’étais taxi-brousse, ce n’est pas la grande vie. Petit, j’avais vu certains revenir de France avec de beaux vêtements, des photos de la tour Eiffel… Je voulais tenter ma chance », raconte-t-il.

Moyennant 200 €, il obtient une place sur le bateau d’un passeur. Contrairement à beaucoup d’autres embarcations de fortune, la sienne ne sombre pas dans la Méditerranée. « J’ai eu de la chance », avoue-t-il. Après plusieurs mois en Italie, il arrive en France, prend contact avec Assid, et débarque dans le squat d’Aubervilliers.

« Depuis, je vis ici, avec les autres. On a l’électricité et l’eau, certes, mais c’est insalubre, sale, il n’y a pas de fenêtre », raconte ce jeune trentenaire qui ne souhaite pas être photographié. « Aujourd’hui, je ne regrette pas d’être venu car j’espère toujours changer de vie, trouver un métier, avoir des papiers et un logement. Mais je ne conseillerais à personne, en Côte d’Ivoire, de venir ici ! La réalité, c’est que la France n’est pas un Eldorado… »

Pour le moment, aucun dossier de régularisation n’a été déposé par ces migrants. Vakaba Touré a rendez-vous ce lundi à la mairie d’Aubervilliers, pour « trouver des solutions ». Anthony Daguet, 1er maire-adjoint, indique que la mairie a « pris un arrêté de péril » sur cet immeuble, mais ne « peut pas reloger les squatteurs ». Ceci étant, « Roland Ceccotti, notre élu en charge de la prévention des expulsions sera un point d’appui dans leurs démarches », ajoute le bras droit de la maire PCF Meriem Derkaoui.

Thomas Poupeau/ leparisien.fr

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