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Accords de partenariats stratégiques Afrique-puissances étrangères : Le Pr Bathily étale ses réserves

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L’ancien candidat malheureux à la présidence de la commission de l’Union africaine a déclaré, ce samedi 10 mars, que les accords de partenariats stratégiques signés entre les États africains et les puissances étrangères sont très loin de constituer des éléments en mesure de développer l’Afrique. Invité à présenter une communication introductive sur le thème «l’Afrique, un continent convoité, face aux défis de ses choix unitaires», lors d’une conférence publique organisée par le Comité d’initiative international provisoire (Ciip), le professeur Abdoulaye Bathily invite ainsi les gouvernants africains à une démarche unitaire dans le cadre de la négociation de ces partenariats. 

L’avenir du continent africain ne se jouera pas dans les neuf accords de partenariats stratégiques qui lient les Etat africains et certaines puissances étrangères dont l’Union européenne, les États-Unis, l’Inde, le Japon, la Chine, la Corée, la Turquie, la Ligue des États arabes, l’Amérique du Sud et Israël et dont les discussions sont en cours. Le professeur Abdoulaye Bathily est formel sur ce point. Il était invité à présenter une communication introductive sur le thème «l’Afrique : un continent convoité face aux défis de ses choix unitaires», le samedi 10 mars dernier, lors d’une conférence publique organisée par le Comité d’initiative international provisoire (Ciip) pour le 1er Congrès fédéraliste panafricain pour les États Africains, en collaboration avec le Centre de Recherche Ouest African (Warc). L’ancien candidat malheureux à la présidence de la commission de l’Union africaine a déclaré que ces accords de partenariats stratégiques sont très loin de constituer des éléments en mesure de développer l’Afrique. Selon lui, il ne s’agissait que de nouvelles stratégies déployées par les puissances pour continuer à pomper les ressources du continent.

«Il y a aujourd’hui environ neuf partenariats stratégiques qui sont lancés, ces quinze dernières années, entre l’Afrique et l’Europe, les États-Unis, l’Inde, le Japon, la Chine, la Corée du nord, la Turquie, la Ligue des États arabes, l’Amérique du Sud et avec l’Israël en cours. Les rencontres convoquées dans le cadre de ces sommets sont beaucoup plus courues par les chefs d’Etat africains que le sommet de l’Union africaine lui-même. Mais, pour ceux qui pratiquent ces sommets, leurs préparations, leur déroulement, leurs conclusions, le suivi des décisions, on peut se poser beaucoup de questions», a indiqué le professeur Bathily. «D’abord l’initiative appartient aux États partenaires extérieurs concernés, c’est eux qui ont décidé de tenir ces sommets, ce n’est pas une initiative africaine. Ensuite, avant le sommet, au niveau de chacun de ces États partenaires, qu’ils soient collectif ou individuel, il y a une préparation méticuleuse. Ils réunissent leurs entrepreneurs et tous les secteurs qui sont concernés par l’Afrique, ils définissent un plan d’actions, une stratégie et une résolution à soumettre au sommet», ajoute encore l’ancien représentant spécial du Secrétaire général des Nations-unies (Onu) pour l’Afrique centrale qui déplore une absence totale de préparation au niveau africain.

«Quand ces rencontres portent sur des questions économiques par exemple, les autres viennent avec leurs entrepreneurs, leurs compagnies nationales ou multinationales qui ont des intérêts bien précis dans chaque pays africain. Pendant ce temps, au niveau des États africains qui ne sont pas à l’initiative de ces sommets, il n’y a même pas de préparation effective à l’échelle nationale. Les entrepreneurs africains ne sont même pas impliqués dans la préparation très souvent faite par des fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères». Pour lui, il reste clair que la multiplication des partenaires pour les États africains n’a pas permis un renversement des rapports des forces entre les pays africains et leurs partenaires.

Prenant ainsi le cas de la Chine qui constitue actuellement, selon lui, le principal partenaire économique du continent africain du point de vue des ressources que ce pays injecte en Afrique, il déclare : «Aujourd’hui, il y a beaucoup de travaux qui montrent très clairement que sans doute l’arrivée en scène de la Chine a permis à beaucoup d’États africains de construire des infrastructures dans les domaines des routes, chemins de fer, des ports, des salles de spectacle, des parlements… Mais au fond, il y a beaucoup de critiques qui sont faites par rapport à ce partenariat Chinois. On parle du saccage des conditions environnementales d’exploitation minières également quelque fois, les entreprises chinoises viennent clé en main avec la main d’œuvre. Et quand, elles construisent un ouvrage quelconque, si vous ne faites pas attention dès qu’ils partent, vous serez handicapé pour l’entretien de cet ouvrage». Poursuivant sa déclaration liminaire, le professeur Bathily assure également que beaucoup de compagnies étrangères bénéficiant des contrats dans le cadre de ces partenariats alimentent même des guerres civiles. «Au niveau de certains pays africains en proie à des conflits notamment en Rdc et en Libye, on a constaté que des mines d’or et de coltan continuent de fonctionner malgré le niveau important de l’insécurité. Le pétrole continue également de couler en Lybie en dépit du chaos qui règne dans les parages», a déploré le professeur Bathily.

UNE DEMARCHE UNITAIRE DE TOUS LES GOUVERNANTS AFRICAINS DANS LE CADRE DE LA NEGOCIATION COMME PISTE DE SOLUTION

Pour sortir de cette situation, le professeur Abdoulaye Bathily ne voit qu’une solution : mettre en œuvre les réformes de l’Union africaine préconisées par la commission présidée par le président Rwandais, Paul Kagamé et une forte implication de la société civile dans la préparation des sommets dans le cadre de ces partenariats.

«Individuellement pris, aucun Etat africain ne peut faire face pour créer un rapport de force qui lui est favorable. Ce n’est pas possible même s’ils ont la volonté», prévient-il. Poursuivant son développement, l’ancien leader de la Ligue démocratique (Ld) a lancé un appel en faveur non seulement d’une démarche unitaire de tous les gouvernants africains dans le cadre de la négociation de ces partenariats mais aussi de la mise en œuvre des propositions de réformes de l’Union africaine tels que préconisait par la commission dirigée par le président Rwandais pour redynamiser l’Union africaine. «Il faut rationaliser les structures pléthoriques, mal adaptées de l’Ua ainsi que les conditions de désignation des membres qui sont irrationnelles pour favoriser la prise en charge du développement de l’Afrique. La société civile doit s’impliquer pleinement aussi dans la préparation de ces sommets», a-t-il lancé devant un public composé d’anciens ambassadeurs du Sénégal et des ambassadeurs de pays africains accrédités à Dakar, des universitaires ainsi que des activistes de la société civile.

«Il faut que les organisations de la société civile s’impliquent pleinement dans le processus de signature des accords de partenariats. Il est temps que l’Afrique sache que cette question n’est pas une affaire des gouvernants uniquement mais des citoyens aussi».

148 MILLIARDS POMPES CHAQUE ANNEE EN AFRIQUE GRACE AUX PARTENARIATS AVEC LES PUISSANCES ETRANGERES

Par ailleurs, le professeur Bathily a indiqué que l’Afrique perd chaque année 148 milliards dans le cadre de ces partenariats avec les puissances étrangères. Citant les conclusions d’un panel sur les flux financiers illicites du continent animé par l’ancien président Sud-africain, Thabo Mbeki, il souligne que cette discussion a abouti sur des conclusions extraordinaires attestant que 60% de ce montant représente les méthodes commerciales frauduleuses découlant de ces partenariats. Autrement dit, comment les compagnies étrangères sous le couvert de ces partenariats avec l’appui des États extérieurs pompent les ressources du continent à travers les prix et les contrats d’exploitations fixés dans des conditions totalement opaques. Ensuite, 35% représentent les ressources découlant de l’économie criminelle (transferts illicites, l’argent de la drogue, trafics de marchandises). Et les 5% restant représentent l’argent de la corruption directe que les propriétaires des compagnies étrangères donnent en sous-main aux intermédiaires, souvent proches des régimes en place ou leurs prête-noms et qui sont transférés directement dans leur compte bancaire en échange de permis d’exploitation de blocs pétroliers, gaziers ou encore un terrain d’exploitation d’or.

SudOnline

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