1. De la Résolution du 4ème Congrès d’AJ/PADS
Dans une Résolution adoptée lors de son 4ème Congrès tenu les 19 et 20 Décembre 2009, notifiée officiellement au Secrétariat de Yoonu Askan Wi par lettre en date du 08 Janvier 2010, AJ/PADS impute pour l’essentiel « l’exclusion du groupe fondateur de Yoonu Askan wi » à « une gestion inadéquate des contradictions au sein du parti », et aux « manœuvres du groupe fractionniste et liquidateur de Mamadou Diop Decroix ». Reconnaissant ensuite « l’ancrage fondamental » des membres fondateurs de Yoonu Askan Wi dans le combat pour « servir le peuple et lutter sans complaisance pour le développement de notre pays », et après avoir préconisé « une évaluation responsable sur la conduite de cette affaire » en vue de « trouver les moyens de refaire l’unité du parti dans l’intérêt supérieur du peuple sénégalais », le Congrès, à l’unanimité, « décide d’annuler purement et simplement les mesures d’exclusion prises à l’égard de Madieye Mbodji et ses camarades qui ont créé Yoonu Askan wi », « appelle en conséquence la Direction du parti à se rapprocher de Yoonu Askan Wi et à engager avec ce parti frère des discussions visant à unifier notre courant politique », dans la poursuite des efforts déployés en vue de « l’émergence d’un grand parti de gauche ». Ce début d’autocritique, malgré son caractère partiel, limité et biaisé, est le fruit d’une lutte menée par nombre de militants sincères restés au sein d’AJ et que nous apprécions à sa juste valeur. Cet exercice aurait pu constituer un pas dans la bonne direction, s’il n’était pas immédiatement contredit par le premier pas en arrière du Rapport de politique générale présenté au Congrès par le Secrétaire Général Landing SAVANE, dans les termes ci-après, parlant de Yoonu Askan Wi : « Cette sensibilité, emportée par son opposition à Wade et au Pds, est tombée dans le piège des sanctions prévues pour ce genre de pratiques, à bien des égards, fractionnistes. Aucun d’entre eux n’avait pu produire à l’époque des preuves, de façon irréfutable, de la démarche de l’ancien secrétaire général adjoint » (In Journal L’Observateur du lundi 21 Décembre 2009, page 3). Point de vue corroboré après le Congrès par le même Landing SAVANE, à travers un entretien paru dans le journal KOTCH du Mardi 12 Janvier 2010, page 3 : « Ils avaient raison sur un point, c’est qu’on voulait nous livrer à Wade pieds et poings liés…Il fallait laisser du temps au temps pour que nous ayons toutes les preuves. Avoir raison trop tôt peut parfois nuire à une démarche ». Prenant à son tour le contrepied de la Résolution ‘’votée à l’unanimité’’ par le Congrès de son parti, Bassirou SARR, Administrateur général d’AJ/PADS, marque un deuxième pas en arrière, dans une interview accordée au quotidien Le Populaire, édition des 26-27 Décembre 2009 : « Les camarades de Yoonu Askan Wi n’avaient pas été exclus du parti parce qu’ils ne voulaient pas d’un compagnonnage avec Wade…Nous avons exclu les camarades de Yoonu Askan Wi pour une attitude politique. Une attitude organisationnelle que nous avons caractérisée de fractionnisme. Ça c’est de l’histoire, on ne triche pas avec l’histoire ».
La vérité pourtant est connue : il ne s’est agi à aucun moment, pour Yoonu Askan Wi, de courir derrière les ‘’preuves’’ de la capitulation de Massamba ou Mademba, ni d’ourdir un complot obscur contre le parti. Tirant la sonnette d’alarme, pas ‘’trop tôt’ mais bien à un moment crucial pour le devenir du parti, pas ‘’sur un point’’ mais plutôt sur l’enjeu principal de nos divergences, nous avons dit à la Direction : votre ligne dite de « partenariat stratégique avec Wade et le PDS » est contre les intérêts du peuple sénégalais et conduira à la ruine du parti. La Direction nous a répondu : vous faites de la théorie, tout juste bonne pour les intellectuels ; nous, nous faisons de la politique concrète pour les masses, or les masses ne croient réellement qu’à ceux qui détiennent les pouvoirs, et puisque vous vous opposez obstinément à cette orientation, nous vous excluons du parti ! C’était bien cela ‘’l’attitude politique’ des futurs fondateurs de Yoonu Askan Wi, constante, irréfutable. La Direction, le SG et le SGA en particulier, étaient unis autour de la ligne dite d’ « alliance stratégique sans conditions ni préalables » avec Wade, et c’est à l’unisson qu’ils ont exclu ceux qu’ils considéraient comme les empêcheurs de danser la danse de l’alignement derrière le chef de l’Etat. Si leur unité s’est fissurée par la suite, une telle situation ne saurait nullement autoriser le travestissement de la vérité, d’autant plus qu’Il s’agit d’une histoire au présent, et l’histoire, il est vrai, ne triche pas : la preuve par les faits, elle agit comme un révélateur chimique efficace contre toute opération d’administration générale de la contrefaçon en politique. Voilà pourquoi, à notre avis, une ‘’évaluation responsable’’ requiert de la Direction d’AJ une autocritique publique, approfondie, honnête et courageuse, sans complaisance vis-à-vis de la vérité des faits. En est-elle encore capable, le peuple jugera. Dans notre culture militante, autocritique n’a jamais signifié humiliation, ni demande de pardon ou d’excuse ; l’autocritique revêt un contenu politique, idéologique et éthique hautement éducatif, qui vise à aller à la racine des choses pour guérir la maladie, sauver l’homme et se prémunir contre le retour d’éventuelles épidémies.
2. Circonstances et raisons d’une exclusion
De profondes divergences d’orientations et de lignes ont donc opposé les fondateurs de Yoonu Askan Wi à la Direction d’AJ/PADS, portant sur une série de questions majeures, parmi lesquelles : la démocratie interne dans le parti, les rapports entre politique et éthique, le projet autonome de transformation sociale porté par la gauche, la conquête et l’exercice du pouvoir, le rapport au néolibéralisme mondialisé. A l’évidence, le prétendu « partenariat stratégique », démarché et octroyé dans les conditions de la victoire de Wade en 2007, n’a mené qu’à des impasses et à des désillusions pour ses adeptes, tant il est vrai, comme le dit Abdoulaye LY, que « le triomphe éclatant du système de domination et d’exploitation ne commande pas la capitulation ni une quelconque perte de foi. Il appelle au contraire l’organisation d’un puissant contre- pouvoir, animé par les consciences nouvelles mobilisées dans un ordre de bataille nouveau », une nouvelle politique de gauche « complètement dégagée de l’activisme électoraliste, sinon démagogique, et de la ‘’real politik quotataire’’ qui s’installe » (A. LY : « Faire vivre la Nouvelle Gauche », contribution diffusée en janvier 1997- in Dialogue avec Abdoulaye Ly, Ifan Cheikh Anta Diop, Dakar, 2001).
Refusant tout débat de fond autour de ces questions essentielles, la Direction s’est réfugiée derrière des mesures administratives, autoritaires et illégales. Un Bureau Politique convoqué dans la hâte et la précipitation a prononcé notre exclusion d’AJ le 06 Février 2008. Auparavant pourtant, nous avions interpelé la Direction à plusieurs reprises, notamment sur la nécessité d’un bilan approfondi à la fois de l’alternance et de la participation d’AJ/PADS aux gouvernements de Wade de 2000 à 2007. De même, nous avions officiellement écrit à la Direction pour l’informer de notre volonté de nous réunir à la permanence nationale, ouvertement, au vu et au su de tous les militants intéressés, ainsi que de notre intention de constituer un courant ou une sensibilité dans le parti, conformément aux dispositions de nos Statuts, en tant que support du débat pluriel d’idées : la Direction s’y est opposée catégoriquement. Fallait- il se taire, ‘’rentrer dans les rangs’, suivant une conception tout à fait unilatérale et erronée de la discipline militante ? Fallait- il organiser la bataille rangée au siège du parti, comme d’autres l’ont fait par la suite ? Nous avons préféré mener une critique ouverte et de masse de la ligne opportuniste et assumer nos responsabilités, en fondant officiellement Yoonu Askan Wi comme mouvement politique autonome, le 03 Mai 2008. Est-ce cela le fractionnisme et l’indiscipline, ou au contraire le moyen légitime de continuation de notre engagement à servir le peuple, notre raison d’être en politique ?
3. Aux militants d’AJ/PADS soucieux de retrouvailles sincères, ou le peuple « notre maison mère »
Il ne fait aucun doute à nos yeux qu’il existe au sein d’AJ/PADS, et parmi ceux ou celles qui l’ont quitté, nombre de militants honnêtes, sincères, soucieux de servir les intérêts du peuple, et qui œuvrent aux retrouvailles des militants d’AJ sur une base de principes. Au plus fort de la crise, alors que la rupture organisationnelle n’était pas encore consommée, les membres de la sensibilité Yoonu Askan Wi d’alors ont eu à avancer des propositions de sortie de crise, réalistes et responsables. Des médiateurs volontaires, notamment d’anciens militants de la génération de Mai 68 membres fondateurs d’AJ/ XARE BI, n’avaient pas manqué à l’époque de souligner la pertinence desdites propositions. Mais le SGA a toujours été intransigeant, et il a constamment bénéficié de l’aval et de la couverture du SG. Ce n’est pas en réécrivant à sa convenance l’histoire d’AJ comme il tente de le faire avec force amalgames et contre vérités, notamment l’histoire des crises de 1979, 1984 et 2007, que le SGA pourra « légitimer » sa trahison de la vraie cause du peuple. Y a-t-il d’ailleurs pires injure et forfaiture que de donner les noms de sa permanence ou de ses salles de réunion à des patriotes révolutionnaires de la trempe de Lamine SENGHOR, Omar Blondin DIOP, Sanfan DIALLO, Idy Carras NIANE et tant d’autres, après s’être rangé avec armes et bagages derrière Abdoulaye Wade, pour se faire l’avocat défenseur de celui qui, aujourd’hui, symbolise la domination, l’exploitation et la souffrance infligées à notre peuple ? Le Secrétaire Général Landing SAVANE peut-il esquiver sa responsabilité première et personnelle dans la crise et l’enlisement d’AJ, dans la mise sous le boisseau des Résolutions pertinentes du 3ème Congrès de Novembre 2005, dans l’incohérence de la participation prolongée au gouvernement de Wade, en particulier au lendemain de l’élection présidentielle de Février 2007 ? Peut-il esquiver sa responsabilité personnelle dans la division de la gauche avant et après l’alternance ? Peut- il se dérober face à l’autocritique personnelle et publique qu’il doit aux militants, aux combattants sacrifiés, aux électeurs, à la gauche et au peuple sénégalais tout entier pour le tort immense, le gâchis énorme et la déception profonde que ses choix, ses errements et louvoiements ont grandement contribué à causer ?
Yoonu Askan Wi/ Mouvement pour l’Autonomie Populaire s’inscrit dans une trajectoire d’appropriation critique et de développement fécond du patrimoine politique et éthique du mouvement patriotique et révolutionnaire sénégalais, d’AND-JËF en particulier dont il se veut aujourd’hui le réceptacle, l’héritier et le continuateur des valeurs fondatrices. Incontestablement AND-JËF a écrit des pages glorieuses de l’histoire politique de notre pays, pendant près de trente ans, porté par des contingents de militantes et militants dévoués à la cause du peuple. Mais un parti, une organisation, c’est un instrument de lutte, qui nait, grandit et meurt. A l’épreuve du pouvoir d’Etat, la Direction d’AJ/PADS, montrant ses limites, a fait faillite, conduisant le parti dans l’impasse et posant l’exigence d’une nouvelle forme d’organisation, d’une autre politique, autour d’un leadership nouveau. Dans ces circonstances et sur la voie de « l’unité de notre courant politique dans l’intérêt supérieur du peuple sénégalais », nous tendons une main sincère et fraternelle à l’ensemble des militants et militantes d’AJ, soucieux de servir le peuple en théorie et en actes, pour venir nous rejoindre, s’ils le désirent, sur le chantier de la construction d’une grande organisation unitaire, populaire et alternative de transformation sociale au service des masses, dont Yoonu Askan Wi constitue une rampe de lancement en même temps qu’un maillon, une étape.
Réhabiliter la politique est aujourd’hui une exigence de salubrité nationale dans notre pays. Récupérer sa ‘’mise’’ ou son ‘’investissement’’ en s’octroyant le droit au ‘’repos du guerrier après des décennies de sacrifices’’, ou en revendiquant sa part de privilèges, de sinécures et de jouissances pendant que le peuple laborieux continue à crouler sous le poids de la souffrance, est une forme d’abdication devant l’ennemi et face aux difficultés. Nombre d’acteurs politiques, à force de transhumances, de reniements, d’incohérences, de roublardises et de tortuosités, ont fini par discréditer la politique et les politiciens. Nous refusons de manger de ce pain là. Si trop souvent, comme le souligne fort à propos l’écrivaine Mariama BA, « l’appétit de vivre fait perdre à l’homme la dignité de vivre », l’expérience des luttes au Sénégal, en Afrique et partout dans le monde, atteste aussi, amplement, de la permanence de figures de résistance, de refus de la compromission, de rejet de la corruption politique, idéologique et morale. Le parti, l’organisation, est un instrument de lutte, qui nait, grandit et meurt. Le peuple lui ne meurt jamais, c’est pourquoi le peuple est notre mère nourricière, en même temps que notre « maison mère » que nous nous sommes engagés à ne jamais abandonner.
4. Yoonu Askan Wi, un bilan et une transition
Constitué le 03 Mai 2008, Yoonu Askan Wi a reçu son récépissé officiel par Arrêté du Ministère de l’Intérieur en date du 27 Janvier 2009. Dèpuis sa naissance, le Mouvement s’est attelé à apporter sa contribution, modeste mais appréciée à sa juste valeur, à la construction de l’unité de la gauche à travers le Collectif des Six et le Comité National Préparatoire de la Conférence Nationale de la Gauche, à l’émergence d’un pôle politique de rupture et de confiance citoyenne à travers l’Initiative Citoyenne pour la République /Bennoo Wàllu Askan Wi (ICR/ BENNOO), à la mise en place de Bennoo Siggil Senegaal en tant que grande alliance électorale pour faire échec aux plans de wade et en finir avec son régime, à la conduite de l’initiative des Assises Nationales du Sénégal présidées par M. Amadou Makhtar MBOW , à l’implication dans les luttes sociales des travailleurs et des masses populaires.
L’expérience de Yoonu Askan Wi est celle d’un effort collectif visant à faire vivre l’idéologie au cœur du mouvement réel de critique ouverte et de masse de l’opportunisme dirigeant capitulard. Avoir assumé ce combat, cette forme de révolution culturelle, contre la nouvelle bourgeoisie dans un parti de gauche, avant même la conquête du pouvoir par le peuple et le contrôle de l’appareil d’Etat, est en soi une œuvre de salubrité publique préventive de grande portée, pour aujourd’hui et pour demain. Yoonu Askan Wi constitue donc, à la fois, un bilan et une transition. Bilan autocritique d’une démarcation – différenciation progressive à l’épreuve de la lutte de lignes et à l’épreuve du pouvoir, pour une autre politique centrée sur la construction de l’autonomie populaire et la promotion d’un nouvel humanisme social anticapitaliste. Transition sur la voie de l’édification d’une grande organisation de gauche, populaire, unitaire et alternative, de transformation sociale au service des masses. Tel est le chantier dans lequel nous avons choisi de nous investir de toutes nos forces, ouverts à tous les militants et à toutes les militantes partageant réellement cette option salutaire. En pleine conscience de notre part d’insuffisances et de responsabilités dans la situation actuelle de la lutte de notre peuple, nous restons déterminés à poursuivre notre marche en avant, sans orgueil ni suffisance, mais dans l’humilité et la vérité des convictions fortes. Ce n’est pas le difficile qui est le chemin, c’est surmonter le difficile qui est le chemin.
Dakar le 13 Janvier 2010 Le Comité de Pilotage National de Yoonu Askan Wi


