Toutefois, il reconnaît que la représentation diplomatique est un métier difficile. « J’ai toujours résisté aux pressions », a-t-il déclaré. Cependant, il juge bonnes ses relations avec le Chef de l’Etat Abdoulaye Wade. « Je devais au président Wade du respect par son âge, son expérience. Jamais pendant mes trois ans passés au Sénégal, Me Wade n’a eu des relations heurtées avec moi comme celles qu’il a connues avec ma collègue américaine ». A ce sujet, il estime que Mme Bernicat ne mérite pas le traitement qu’elle a subi car, explique le diplomate français, « elle n’a fait que transmettre un message du département d’Etat américain avec une certaine modestie ». D’autant plus que, indique Ruffin, « les diplomates représentent des politiques qu’ils ne font pas ». Néanmoins, explique-t-il, « les relations franco-sénégalaises passent forcément par la voie officielle et le traitement des sujets qui fâchent comme celui de la corruption à travers la coopération multilatérale. Il faut les parler dans le cadre plus neutre et plus technique ».
Evoquant ses relations avec le fils du président Wade, Jean-Christophe Rufin reconnaît qu’elles sont un peu « compliquées ». « Le fils du président n’aime pas la critique et même le dialogue. De ce fait, je n’ai pas eu les mêmes sentiments avec Karim Wade comme je les ai avec son père ».
Jean-Cristophe Rufin dit par ailleurs écrire dans ses dépêches que la France doit respecter toujours la démocratie sénégalaise. De ce fait, soutient-il, « je ne vois pas la raison de soutenir tel ou tel candidat au Sénégal. La France ne doit pas avoir un candidat au Sénégal. Mais, personne et même Sarkozy dont j’interprète la pensée, n’a pas intérêt à soutenir une dévolution monarchique ».
Par contre, précise-t-il, « personne ne peut empêcher un citoyen de se présenter à une élection présidentielle. La question est de savoir si les règles du jeu sont respectées. Donc, il est difficile pour la France de dire que Karim Wade ne doit pas se présenter, ce serait une ingérence inacceptable ».
De l’autre côté, il précise qu’il n’a pas été un allié de l’opposition même si lors des Assises nationales, l’Ambassade de la France au Sénégal a envoyé un observateur comme toutes les autres ambassades de l’Union européenne au Sénégal. Pour Jean-Claude Rufin, le Sénégal avait connu un moment très difficile. « Heureusement, dit-il, l’épisode des Assises et les élections locales ont permis de voir une accalmie. Et cela a montré que la démocratie sénégalaise est vivante ».
« Je n’imagine pas un candidat aussi âgé se présenter en Italie, en France ou ailleurs. C’est une curiosité, quelque chose de surprenant en tout cas. Maintenant, ailleurs, au plan culturel, si quelqu’un a les capacités intellectuelles, physiques pour conduire les affaires du pays, personne n’y peut rien », précise-t-il, réagissant sur la candidature annoncée du Président Wade. Sur l’éventuelle dévolution monarchique du pouvoir qu’on prête au Président de Wade, l’ex-ambassadeur de la France au Sénégal estime que « c’est un autre processus ». « Mettre son fils à la tête du pays, ce sont des supputations, attendons de voir », martèle-t-il.
Abdou TIMERA


